À Avignon, les urnes ont parlé, ou plutôt, à moitié parlé. Avec une abstention flirtant avec les 50 %, un électeur sur deux a préféré rester au chaud plutôt que d’aller départager les prétendants à l’hôtel de ville. Résultat : Olivier Galzi s’impose avec 40,62 %, devant un David Fournier à 38,01 % et une Anne-Sophie Rigault cantonnée à 21,37 %.
Une victoire nette, mais dans une ville à moitié vidée de ses électeurs.
La démocratie en RTT
Premier enseignement : Avignon vote… quand ça l’arrange. Une abstention massive, symptôme d’un ras-le-bol bien installé. Entre promesses recyclées et bilans contestés, une bonne moitié des habitants a visiblement estimé que le match ne valait pas le déplacement.
Dans ce désert civique, celui qui mobilise un peu gagne beaucoup.
Galzi, champion de la remontada
Et là, surprise du chef : Galzi version second tour. Parti de 27 %, il grimpe à 40,62 %. Treize points de mieux, sans turbo officiel. Une remontée qui sent bon la dynamique populaire : agrégation large, ratisseur efficace, et timing maîtrisé.
En face, Fournier pensait avoir plié l’affaire. Avec la fusion avec LFI, le total était presque déjà dans la poche : autour de 38 %, stable, propre, sans bavure. Bref, un score de tableur Excel.
Sauf qu’en politique, les additions ne font pas toujours des victoires.
Galzi, lui, n’avait ni étiquette claire, ni historique électoral, ni garantie de second tour. Première candidature, terrain inconnu, aucune certitude sur sa capacité à élargir. Et pourtant, il élargit. Droite classique, électeurs RN en mode vote utile, quelques égarés d’en face… tout le monde monte dans le bus.
Résultat : une « remontada » comme les affectionne la politique locale, improbable sur le papier, efficace dans les urnes.
Le candidat neuf… bien entouré
Galzi a vendu du neuf. Et ça s’est vu. Notoriété médiatique, image propre, discours fluide : le candidat était déjà connu avant même de se lancer.
Mais derrière la vitrine, le stock était plus classique : soutiens bien installés, réseaux rodés, profils marqués à droite, anciens de la maison Roig, éloges de Muselier et photo avec Santoni, soutien de l’UDI, de Horizons… Un savant mélange entre renouvellement affiché et recyclage discret.
La trouvaille ? Se dire « sans étiquette » tout en étant très bien entouré. Une ligne de crête tenue sans tomber. Et visiblement, ça passe.
Du style, du rythme… et quelques angles morts
Sur scène, Galzi maîtrise parfaitement l’exercice. À l’aise, percutant, technique quand il faut. Sur le terrain, omniprésent. Une campagne menée tambour battant.
Et surtout, un ton direct. Pas de langue de bois, ou du moins pas trop visible. Les approximations et incohérences ? Reléguées au second plan. Les électeurs cherchaient du mouvement, ils ont eu du débit.
Douze ans de pouvoir, et l’addition qui tombe
En face, la majorité sortante traînait un bilan devenu lourd : insécurité, propreté, commerces qui ferment, embouteillages… À force, l’usure finit par se voir.
Cécile Helle, après douze ans, arrive en bout de cycle. Plus aucune incarnation, plus de souffle. Et beaucoup de mécontentements accumulés.
Fournier, lui, a choisi de porter cet héritage. Sans filtre. Un choix de continuité assumée dans un moment où tout appelait à la rupture. Un vrai stratège.
Fournier, ou l’art de rater le virage
Car le problème est là : Fournier n’a pas décroché. Ni du bilan, ni des méthodes, ni des équipes.
Éloquence limitée, dossiers approximatifs, débats compliqués : difficile d’imposer une stature dans ces conditions. Son programme ? Une liste à la Prévert, sans chiffrage solide. Sa liste ? Un assemblage entre premier et second tour, avec recyclage d’élus sortants dont certains se détestent. La vieille politique.
Et surtout, une stratégie tournée vers les équilibres internes de la gauche plutôt que vers les électeurs. Parler aux partis plutôt qu’à la ville : le pari est connu, le résultat aussi.
Des voix bien rangées… mais pas gagnantes
Côté gauche, les reports ont fonctionné. Ils faisaient 19,80% et 19% chacun au premier tour. L’addition Fournier–Louvain tient : autour de 38 % au second. Pas de fuite massive malgré les tensions et les attaques incessantes au niveau local et national contre LFI. Mais pas de dynamique non plus.
En face, Galzi fait le plein : électorat Fiori bien reporté, une partie du RN qui bascule utile, quelques voix grappillées à gauche.
Et Rigault dans tout ça ? Le casting parfait pour faire gagner un candidat de droite qui sait ratisser large. Toujours coincée sous le plafond de verre maison : autour de 20 %, bien loin des 30 % qui commencent à faire peur.
Pendant que le Vaucluse vire presque partout au bleu RN, Rigault, elle, reste bloquée au rez-de-chaussée.
Gagner, maintenant prouver
Galzi gagne. Nettement. Logiquement, au vu du contexte.
Mais la suite s’annonce moins confortable. Promesses nombreuses, ville fracturée, attentes élevées.
Il va falloir transformer le verbe en actes, calmer le jeu après une campagne tendue, et surtout tenir dans la durée. Car le candidat offensif, allergique à la contradiction, va devoir troquer le costume de boxeur pour celui de maire rassembleur… et gestionnaire.
À Avignon, la campagne est finie. Maintenant, place à l’action.
Jamil Zéribi
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