À Avignon, il aura suffi d’une alliance de second tour, somme toute assez banale entre David Fournier et Mathilde Louvain, pour déclencher une crise… chez Olivier Galzi.
Car enfin, que s’est-il passé ? Rien d’extraordinaire : des formations de gauche qui décident de s’unir pour gagner. Un grand classique de la vie politique française. Mais pour le candidat de droite « sans étiquette », c’est visiblement un séisme.
Le voilà désormais en position défensive. Et comme souvent dans ces cas-là, le thermomètre ne descend pas : il explose.
Mobilisation générale… contre une coalition électorale
Alors Olivier Galzi sort l’artillerie lourde. Pas un tract, pas un argument de fond, non : un appel à la « mobilisation générale ». Rien que ça.
Conférence de presse, vidéos alarmistes, lettre ouverte : Avignon serait donc au bord du basculement historique. On attend presque les sirènes.
Le détail qui manque ? L’ennemi.
Car il ne s’agit ni d’un coup de force, ni d’un dérapage démocratique. Juste d’un accord politique entre partis qui, jusque-là, faisaient campagne séparément. Bref, exactement ce que prévoit le mode d’emploi des élections.
Mais dans la version Galzi, cela devient une menace existentielle. Une mise en scène de la violence politique qui en dit surtout long sur l’état d’esprit du candidat.
Avignon la rebelle… mais pas dans ce sens-là
Le plus ironique, c’est le décor. Avignon n’est pas une ville neutre politiquement. C’est une ville qui, à plusieurs reprises, s’est mobilisée contre l’extrême droite, contre le racisme, pour défendre un certain esprit républicain et culturel.
Ici, la « mobilisation générale » a une histoire. Elle s’est construite dans le refus des dérives, pas dans leur instrumentalisation.
La voir aujourd’hui convoquée pour s’opposer à une alliance de gauche relève d’une ficelle un peu grosse. Comme si l’on recyclait les mots d’hier en en inversant simplement le sens, au mépris de leur charge politique réelle.
Du gendre idéal au procureur improvisé
Il y a encore quelques semaines, Olivier Galzi se présentait comme le gendre idéal, au-dessus des querelles partisanes. Une figure rassurante, presque consensuelle.
Aujourd’hui, changement de décor.
Le voilà qui pourfend, amalgame, accuse. La gauche devient un bloc inquiétant, LFI un repoussoir commode, les raccourcis et propos diffamatoires tiennent lieu d’argumentaire. Le tout avec une intensité qui n’a pas échappé jusqu’à La Provence, qui évoque dans cette attitude, « une violence jamais atteinte dans cette campagne ».
On découvre donc, en fin de campagne, un candidat nettement moins lisse. Et beaucoup plus nerveux.
Les débats ? Surtout ceux des autres
Dans la série “faites ce que je dis…”, Olivier Galzi reproche aussi bruyamment à David Fournier de refuser les débats de l’entre-deux-tours.
Un reproche audacieux, quand on se souvient que l’intéressé avait lui-même décliné plusieurs échanges durant la campagne, notamment à Montfavet ou face à des acteurs économiques locaux.
Mais passons. L’indignation sélective est une vieille tradition.
Plus intéressant encore : le retour d’archives un peu gênantes. Comme cette sortie télévisée de 2019 où Olivier Galzi comparait le port du voile de la femme musulmane à un uniforme SS, ce qui lui avait valu, à l’époque, un rappel à l’ordre de la direction de LCI.
Un épisode qui a ressurgi pendant la campagne, l’obligeant à s’en expliquer face à des femmes musulmanes.
Mélenchon, Louvain… même combat ? Vraiment ?
Dans le registre des raccourcis, Olivier Galzi tente également de faire porter à Mathilde Louvain le poids des outrances de Jean-Luc Mélenchon et l’antisémitisme présumé de LFI.
Un classique du genre : on nationalise, on grossit, on simplifie.
Le problème, c’est que la candidate avignonnaise n’a, elle, ni les sorties polémiques ni les déclarations fracassantes qu’on cherche à lui coller. Campagne calme, pas d’attaque personnelle, profil encore neuf localement.
Mais peu importe. Dans une campagne sous tension, la précision est souvent la première victime.
Ni blanc-seing, ni illusion sur l’alternative de gauche
Qu’on ne s’y trompe pas : cet édito n’a rien d’un plébiscite en faveur de l’alliance de la gauche, et encore moins d’un soutien à David Fournier.
Le candidat ne brille ni par un talent politique évident, ni par une maîtrise technique particulièrement solide des dossiers, ni par un charisme naturel susceptible d’imposer une autorité durable à la tête d’Avignon.
Quant à la liste issue de la fusion avec Mathilde Louvain, elle agrège des personnalités qui, pour certaines, se sont affrontées, parfois durement, et ne dissimulent pas leurs désaccords profonds. Derrière l’unité de circonstance, les lignes de fracture demeurent. Et l’hypothèse d’une coopération apaisée, une fois aux responsabilités, relève davantage du pari que de l’évidence.
Gouverner suppose de tenir dans la durée ; ici, tout laisse penser que l’équilibre sera instable, voire difficilement soutenable.
Sommation publique et pression politique
La séquence a franchi un nouveau cap lorsque, dans La Provence, Olivier Galzi a enjoint plusieurs figures locales, Cécile Helle, Joël Peyre, Paul Roger Gontard, Claude Nahoum et Stephan Fiori, à prendre publiquement position contre l’alliance de la gauche. Une interpellation directe, assortie d’une formule autoritaire : « Tout le monde sera jugé sur sa parole ou son silence. »
Rien de moins.
Le procédé interroge. Car il ne s’agit plus ici de débattre ou de convaincre, mais de sommer, d’exiger un alignement, sous peine d’exposition publique. Une manière de faire pression qui en dit long sur sa conception du débat politique.
Une stratégie de la dernière cartouche
En réalité, tout cela obéit à une logique assez limpide.
Olivier Galzi sait que l’union de la gauche lui complique sérieusement la tâche. Alors il tente autre chose : créer une rupture, provoquer une réaction, fissurer le bloc adverse.
D’où la dramatisation. D’où l’appel à la mobilisation. D’où cette montée en tension permanente.
Une stratégie de dernier recours, en somme. Qui peut réveiller un électorat, certes. Mais qui peut aussi en lasser d’autres.
Et après ?
Car une question reste suspendue.
Admettons que la méthode fonctionne. Admettons que la tension paie. Que restera-t-il au lendemain du scrutin, une fois installé dans le fauteuil de maire ?
Une ville apaisée ? Difficile à croire.
Car à force de présenter ses adversaires comme une menace, de jouer sur les peurs et les amalgames, on ne prépare pas seulement une élection. On prépare un climat et on fracture une ville.
Dans ce théâtre de l’urgence, ce n’est pas la situation qui se dégrade, c’est la crédibilité du metteur en scène.
Jamil Zéribi

