Dans cette campagne des municipales, nous avons souhaité prendre un peu de distance et donner la parole à des acteurs qui connaissent de près le fonctionnement de l’action publique. Ancien élu local engagé très jeune, Julien Paudoie a exercé pendant douze ans des responsabilités dans des collectivités et travaillé près de dix ans au sein de cabinets politiques à la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur et au gouvernement. Fort de cette double expérience du terrain et de la décision publique, il livre un regard sur le fonctionnement de l’État, les blocages de l’action publique et les enjeux d’Avignon.
Vous êtes élu local et vous avez travaillé au sein de cabinets à la Région et au gouvernement. Comment vous présentez-vous aujourd’hui ?
Aujourd’hui, je retrouve une sensation que j’avais au moment de mon premier engagement : celle d’être simplement un homme libre qui défend ses idées et ses convictions
J’ai été élu très jeune, à 20 ans. J’en suis fier. Pendant douze ans, j’ai eu l’honneur de servir mon territoire et de participer aux organes de gouvernance de différentes collectivités. Cela m’a permis de voir des projets se réaliser, des décisions qui changent concrètement la vie des habitants. J’y ai aussi vu parfois des gouvernances qui manquaient d’ambition.
Pendant près de dix ans, j’ai aussi servi la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, auprès de Renaud MUSELIER et la République au sein de cabinets de Sabrina AGRESTI ROUBACHE et Françoise GATEL Ce sont des fonctions exigeantes, mais incroyablement formatrices. Elles permettent de comprendre concrètement comment se prennent les décisions et comment les politiques publiques se construisent.
Aujourd’hui, j’ai décidé de prendre un nouveau cap dans ma vie personnelle et professionnelle. Professionnellement d’abord : j’ai rejoint une entreprise implantée sur notre territoire, avec des enjeux passionnants, notamment celui de la souveraineté industrielle et de défense de notre pays.
Et puis mon engagement continue, mais sous d’autres formes. Je suis engagé bénévolement dans la vie associative et dans des missions au service de la sécurité de nos concitoyens. Ce sont des engagements très concrets, au plus près du terrain.
Je reste aussi un militant. Un militant attaché à ses convictions : l’autorité de l’Etat, le respect des lois de la République, une école exigeante mais aussi la liberté d’entreprendre et la valorisation du travail. Disons que je me reconnais dans une tradition politique qui va de la droite républicaine au centre.
Qu’est-ce que l’expérience en cabinet vous a appris sur la manière dont se prennent les décisions publiques ?
D’abord que les décisions publiques ne sont pas aussi simples qu’on l’imagine. Elles sont toujours le fruit d’un équilibre entre une volonté politique, une faisabilité administrative, des contraintes juridiques et parfois des rapports de force.
Le rôle d’un cabinet, c’est justement de transformer une idée politique en décision concrète. C’est un travail de persuasion, de coordination et parfois de confrontation avec l’administration. Et j’ai aussi appris une chose essentielle : lorsque la volonté politique est claire et assumée, les choses peuvent aller vite. Mais lorsqu’elle est hésitante, le système administratif reprend la main. Le vrai sujet n’est pas d’arriver à décider, le vrai sujet est d’arriver à faire.
Entre le local et le national, où se situe aujourd’hui le principal blocage dans la mise en œuvre des grands projets ?
Entre la décision du politique et l’application d’une décision, ou tout simplement la réalisation d’un projet, il y a un temps très long.
Le premier blocage, c’est parfois la culture administrative. Le rôle de l’administration est d’alerter sur les risques, ce qui est normal. Mais il arrive aussi qu’elle explique au responsable politique, pourtant élu pour porter un projet, que celui-ci serait impossible ou irréalisable, parfois pour des raisons idéologiques et non pour des raisons réellement techniques.
Le deuxième blocage vient de la complexité des structures administratives. Entre les services de l’État, les collectivités, les agences, chacun peut avoir un avis différent, parfois contradictoire. Et au final, ce nombre d’interlocuteurs ralentit énormément la mise en œuvre.
Le troisième blocage, ce sont les procédures et les voies de recours. Elles sont légitimes dans un État de droit, mais leur accumulation, et surtout leur durée dans le temps, rallongent considérablement les délais.
Au final, mener un projet public ressemble à un véritable parcours du combattant. Cela demande de la persévérance et une forme d’acharnement de la part des élus pour que les projets aboutissent.
Comment rendre l’action publique plus efficace pour soutenir les élus locaux ?
Dans mes fonctions professionnelles, j’ai rencontré beaucoup de maires ruraux. Dans le Vaucluse, bien sûr, mais aussi dans toute la France Ce sont les chevilles ouvrières de la République.
Très souvent, les solutions viennent d’eux. Les idées concrètes, les « trucs qui marchent » viennent du terrain.
La première chose à faire, c’est donc de leur simplifier la vie. Arrêter de les emmerder avec des normes, des procédures et des délais administratifs interminables. Les maires veulent simplement pouvoir faire avancer leurs projets, accompagner des entrepreneurs qui veulent s’installer, soutenir la vie associative et améliorer le quotidien de leurs habitants.
Il faut leur faire confiance a priori et leur donner davantage de liberté pour agir.
Quel regard portez-vous sur les municipales à Avignon ?
Avignon ne peut pas se permettre de perdre encore six ans. C’est une ville exceptionnelle, avec une histoire, un patrimoine et un rayonnement culturel uniques. C’est aussi une ville qui doit affronter des défis concrets : sécurité du quotidien, propreté, mobilités, attractivité économique.
Je suis aussi frappé par une chose : on parle très peu de la jeunesse dans cette campagne. Pourtant, avec l’université et les nombreuses écoles présentes à Avignon, c’est avec eux que l’on doit construire la ville de demain.
Avignon est aussi une ville traversée par plusieurs fractures sociales et territoriales. Dans cette campagne, certains parlent à un électorat, d’autres à un autre. Mais un maire doit parler à toute la ville. Comme beaucoup d’Avignonnais, je suis attentif à ce qui se dit dans cette période électorale, et je resterai un citoyen engagé, avec d’autres, pour défendre l’avenir de notre ville.
Car pour nous, l’enjeu est simple : protéger Avignon.
La protéger dans sa sécurité, dans son cadre de vie, dans son dynamisme économique. La protéger dans son unité aussi. Protéger Avignon, ce n’est pas opposer les Avignonnais entre eux. C’est les rassembler pour préparer l’avenir.
Quelles sont, selon vous, les qualités indispensables pour être un bon maire pour une ville comme Avignon ?
J’ai pu rencontrer plusieurs maires, dans des villes petites comme grandes. Et chez ceux qui réussissent, certaines qualités reviennent toujours.
D’abord la sincérité. On ne s’engage pas pour une ville pour collectionner des mandats ou des indemnités. On s’engage parce qu’on aime profondément son territoire et que l’on veut le faire avancer.
Ensuite l’humilité. Un maire n’est pas un monarque local. C’est un élu de proximité, au contact permanent des habitants, qui doit écouter autant qu’il décide.
Il faut aussi une capacité à décider. Gouverner une ville, c’est parfois prendre des décisions difficiles. Sans cela, on finit par gérer le quotidien sans jamais transformer la ville.
Et puis il y a la vision. Être maire en 2026, c’est évidemment répondre aux préoccupations du quotidien. Mais c’est aussi préparer la ville de 2040 : les mobilités, l’attractivité économique, les infrastructures ou encore les conséquences du changement climatique.
Au final, une ville comme Avignon demande simplement cela : de l’aimer assez pour vouloir la transmettre plus forte qu’on ne l’a trouvée.

