Crédit photo : Facebook / Ensemble et Solidaires avec David Fournier – Avignon 2026
À la lecture et relecture du programme de David Fournier, candidat socialiste aux élections municipales à Avignon, un sentiment domine : celui d’un décalage profond entre le statut du candidat et le contenu du projet présenté. Non pas par manque d’idées, mais par l’absence criante de rigueur, de hiérarchisation et de crédibilité opérationnelle.
David Fournier n’est ni un novice, ni un candidat extérieur au pouvoir local. Il est élu depuis douze ans au sein de la majorité municipale. À ce titre, il connaît précisément la situation financière de la Ville, son niveau d’endettement, ses contraintes structurelles, ses marges de manœuvre réelles. Cette réalité devrait constituer le socle de tout projet municipal sérieux. Or, elle est quasiment absente dans son programme.
Un catalogue d’intentions sans prise avec la gestion municipale
Dans le programme de David Fournier, ce qui frappe n’est pas l’ambition affichée, mais l’absence de toute prise avec les contraintes réelles de la gestion municipale.
Les propositions s’enchaînent comme autant de promesses juxtaposées souvent approximatives, sans hiérarchisation, sans calendrier, sans articulation opérationnelle. « Répondre aux incivilités », « déployer des équipes de médiation dans chaque quartier », « réduire le transit des poids lourds sur la rocade », « soutenir l’innovation et les filières d’avenir », « renforcer l’accès à l’emploi et aux services », « promouvoir une identité avignonnais forte et fière » : chaque thème aligne des objectifs louables, mais aucun ne précise comment, quand, avec quels moyens, ni dans quel ordre.
Tout est présenté au même niveau, comme si une ville lourdement endettée pouvait tout faire, tout de suite, sans arbitrage.
Des exemples révélateurs d’un programme approximatif
Certains exemples illustrent particulièrement cette fragilité. Le plan pour l’emploi des jeunes évoque des centaines d’accompagnements et d’embauches, sans articulation claire avec les compétences réelles de la commune, ni coordination détaillée avec l’État ou la Région. Les propositions en matière de sécurité promettent à la fois prévention, médiation et renforcement de la présence sur le terrain, sans jamais préciser les effectifs, les horaires, ni les moyens financiers associés.
La transition écologique aligne plantations massives, « 30 000 arbres », « des forêts urbaines », « 5 parcs fraîcheur » et « une ville plus fraiche et respirable », tout cela sans programmation budgétaire ni phasage pluriannuel.
La promesse de réhabiliter 1 000 logements et de développer des logements intergénérationnels, laisse croire à une maîtrise municipale directe, alors qu’un tel projet dépend principalement de bailleurs, de financements nationaux et intercommunaux, et de dispositifs que la Ville ne pilote pas seule. Ces mesures existent sur le papier, mais elles ne franchissent jamais le seuil de la décision publique structurée.
Le grand absent : le bilan municipal
Plus troublant encore, les éléments positifs et incontestés du bilan de l’action municipale sont totalement absents du programme.
Pas une ligne sur ce qui a été réalisé et réussi. Pas de continuité revendiquée. Or David Fournier est un élu sortant, qui assume ce bilan dans la presse locale. Cette « omission » crée une incohérence majeure : le programme est écrit comme celui d’un candidat sans passé, sans responsabilité dans la situation actuelle de la ville.
Pour un élu en place depuis plus d’une décennie, cette absence interroge. Gouverner, c’est aussi assumer ce qui a été fait, et ce qui ne l’a pas été.
Une expérience politique qui ne transparaît pas
Ce décalage est d’autant plus frappant que David Fournier possède un parcours politique structuré, forgé dans les arcanes institutionnelles et parlementaires. À ce titre, on pourrait attendre un programme rigoureux, cadré, conscient des contraintes budgétaires et des équilibres financiers à respecter.
Or cette expérience, pourtant mise en avant, ne se retrouve pas dans le document. Le programme ne porte ni la marque d’un gestionnaire aguerri, ni celle d’un élu rompu aux arbitrages difficiles. Le costume du gestionnaire rigoureux, indispensable à Avignon aujourd’hui, n’est jamais enfilé.
Des accords politiques revendiqués, une traduction illisible
Le candidat se targue par ailleurs d’avoir rassemblé autour de lui plusieurs partis et sensibilités, au terme de mois de discussions, d’échanges et d’accords programmatiques. Une démarche présentée comme nourrie de nombreuses réflexions collectives. Pourtant, ces réflexions sont illisibles dans le programme.
Aucune synthèse politique claire n’émerge. Aucun choix structurant ne semble découler de ces accords. Aucun compromis assumé n’est identifiable. Le rassemblement est revendiqué, mais son contenu programmatique reste introuvable.
Un programme politiquement bavard, financièrement muet
Au final, le programme de David Fournier apparaît politiquement bavard mais techniquement et financièrement muet. Aucun chiffrage global, aucune trajectoire d’investissement, aucune perspective de désendettement, aucune hiérarchisation des priorités. Dans une ville endettée, ce n’est pas un détail. C’est l’essentiel.
Au point que l’on finit par comprendre pourquoi ce programme n’a pas été chiffré : le faire aurait immédiatement révélé à quel point il est hors-sol, incompatible avec les contraintes financières réelles de la Ville d’Avignon.
Gouverner, ce n’est pas promettre tout à tout le monde, mais hiérarchiser, décider et assumer. Or ces décisions essentielles restent absentes du programme.
Jamil Zéribi
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