À Avignon, à l’image de beaucoup de communes en France, la tentation du candidat « sans étiquette » s’impose désormais comme une stratégie assumée par de nombreux candidats aux municipales. Cette posture est présentée comme plus ouverte, plus pragmatique, plus en phase avec une opinion publique réputée méfiante à l’égard des partis. Elle s’inscrit dans un contexte national où les formations politiques traditionnelles suscitent défiance et désaffection.
Un positionnement souvent conjoncturel
Cette stratégie mérite toutefois d’être nuancée. L’histoire électorale récente montre une réalité plus mouvante. Lorsque certains partis bénéficient d’une dynamique nationale favorable, les étiquettes redeviennent soudain attractives, parfois même recherchées. À l’inverse, lorsque l’image des partis se dégrade, la prise de distance devient un argument de campagne. Le « sans étiquette » relève donc moins d’un principe politique intangible que d’un positionnement tactique, ajusté à l’air du temps.
C’est dans cet entre-deux stratégique que s’inscrit la démarche du candidat à la mairie d’Avignon, Olivier Galzi, qui revendique une posture « sans étiquette », portée par des slogans de communicants : « le candidat du bon sens » et « mon parti, c’est Avignon ».
Pour Olivier Galzi, ce positionnement répond à une double exigence : performer électoralement et préparer les conditions d’un rassemblement élargi au second tour. Dans une configuration éclatée, aucun candidat ne peut espérer l’emporter sans réserves de voix. L’enjeu est donc clair : apparaître suffisamment identifiable pour rassurer son socle naturel, tout en demeurant assez ouvert pour capter des électeurs au-delà de son camp.
Accepter les soutiens sans les étiquettes : un mythe politique
À cette stratégie s’ajoute un récit soigneusement entretenu par Olivier Galzi : celui d’un candidat qui « accepte les soutiens d’où qu’ils viennent », mais refuse les étiquettes et ne « négocie pas les ralliements ». L’argument est séduisant. Il suggère une candidature libre, affranchie des appareils, qui accueillerait des individualités sans jamais se lier à des forces organisées. Dans les faits, ce récit relève davantage du mythe politique que de la réalité opérationnelle. Car accepter des soutiens tout en récusant les étiquettes n’annule pas la cohérence idéologique des appuis reçus ; elle la rend simplement moins visible.
Des soutiens qui dessinent une orientation politique claire
Or, l’examen des soutiens et de l’entourage du candidat dessine une orientation sans ambiguïté. On y retrouve des proches de l’ancienne maire Marie-Josée Roig (ex-UMP), un soutien public et précoce du macroniste Renaud Muselier, une réception dans les locaux du Département par Dominique Santoni, l’appui de l’UDI, de l’association « le Meilleur pour Avignon » présidée par Christian Paly, ainsi que du collectif « Avignon Passion », initié par Julien Aubert. Autant d’éléments qui composent un arc politique clairement situé à droite, même s’il se présente sous une forme délibérément dépolitisée.
Selon Vaucluse Matin, Olivier Galzi se serait par ailleurs rapproché à Paris du parti Renaissance afin de bénéficier de son soutien. Cette information n’a pas été confirmée officiellement ; elle s’inscrit toutefois dans une dynamique cohérente avec l’objectif poursuivi : élargir encore son socle électoral du premier tour pour sécuriser des reports décisifs au second.
Gouverner après l’élection : l’épreuve de la clarté politique
Il n’y a aucune honte à se revendiquer de droite, pas plus qu’à assumer une sensibilité de gauche ou du centre. La question n’est donc pas tant celle de l’orientation politique que celle de sa non-affirmation. Pourquoi, dès lors, cette réalité idéologique n’est-elle pas assumée plus naturellement, alors même que l’entourage, les soutiens et les perspectives institutionnelles du candidat s’inscrivent clairement dans cet espace politique ?
Cette ambiguïté devient d’autant plus sensible que le candidat a exprimé son ambition de présider le Grand Avignon. Or, les équilibres intercommunaux sont prévisibles au regard des rapports de force politiques : seule une majorité ancrée à droite peut espérer s’y imposer et choisir son (ou sa) Président(e). Gouverner l’agglomération suppose donc des alliances assumées, des votes structurés et une ligne politique lisible.
À ce niveau de responsabilité, les slogans « mon parti, c’est Avignon » et « le candidat du bon sens » vont rapidement cesser d’apparaître confortable pour devenir une contrainte voire une utopie.
Renaud Muselier, Avignon et le jeu régional des alliances
Le soutien de Renaud Muselier à Olivier Galzi éclaire ce jeu à plusieurs étages. En rupture avec Les Républicains, éloigné de la ligne de Bruno Retailleau, et soucieux de contenir l’ascension d’un Julien Aubert jugé trop ambitieux, le président de Région cherche à consolider des relais territoriaux compatibles avec une recomposition du centre-droit. À l’approche des prochaines régionales, dans un contexte fragilisé par le départ d’Éric Ciotti qui est allé renforcer le Rassemblement National, Avignon constitue un point d’appui ultra stratégique. Ce soutien à Olivier Galzi s’inscrit donc dans cette perspective plus large, un brin intéressée…
Le « bon sens » en politique : une évidence trompeuse
Reste enfin l’argument central du discours : le « bon sens ». S’il fonctionne politiquement, il pose un problème intellectuel réel. Le bon sens n’est ni universel ni neutre ; il est fondamentalement subjectif. Ce qui relève du bon sens pour un électeur dépend de son éducation, de sa condition sociale, de son rapport à la ville, de ses priorités économiques, sociales ou sécuritaires. En politique, invoquer le bon sens permet souvent d’éviter de formuler une vision idéologique et des convictions explicites et de différer les arbitrages. Or, administrer une ville comme Avignon implique précisément de trancher : sur la sécurité, la propreté, la circulation, l’attractivité commerciale, les finances publiques. Ces choix relèvent moins de l’évidence que d’une hiérarchisation des priorités, donc d’une orientation politique et idéologique.
C’est là toute la subtilité de la stratégie d’Olivier Galzi. Expert en communication, il construit un récit suffisamment large pour rassembler au premier tour, suffisamment codé pour sécuriser son camp naturel, et suffisamment flou pour préserver des réserves de voix au second. Une approche rationnelle dans une phase de conquête. Mais une question demeure, en filigrane : combien de temps peut-on gouverner sur le registre du rassemblement sans jamais assumer clairement la ligne qui le structure ?
En politique locale comme ailleurs, l’art de fédérer est une vertu ; l’art de clarifier, une nécessité.
Jamil Zéribi

