Crédit Photo / Facebook Olivier Galzi
À mesure que la campagne municipale entre dans sa phase décisive, l’heure n’est plus aux intentions mais à l’analyse des faits et des programmes. Le candidat Divers Droite, Olivier Galzi, revendique une posture de gestionnaire rigoureux et met en avant un programme qu’il affirme intégralement financé. Pourtant, à la lecture détaillée de ses propositions, un décalage persistant apparaît entre la communication politique et les réalités budgétaires d’une ville aussi contrainte qu’Avignon.
Un candidat qui revendique une posture de gestionnaire
Olivier Galzi revendique une posture claire dans cette campagne : celle d’un gestionnaire expérimenté, forgé à la tête d’EDEIS (acteur national, spécialisé dans la gestion d’équipements et d’infrastructures pour le compte des collectivités), capable de redresser une ville confrontée à de fortes contraintes financières. Cet argument n’est pas secondaire. Depuis ses premières prises de parole, il constitue l’un des piliers de sa crédibilité politique. Mais à la lecture attentive de son programme, une question s’impose rapidement : où est passée cette culture de la gestion ?
Un programme ambitieux composé de 73 propositions… où tout semble prioritaire
Ce que révèle l’analyse détaillée des propositions, ce n’est pas un programme de pilotage sous contrainte, mais un empilement d’engagements présentés comme simultanément prioritaires, finançables et activables. Sécurité renforcée, propreté accrue, mobilités transformées, attractivité événementielle, culture amplifiée, écologie ambitieuse, solidarité étendue : tout semble possible, tout semble compatible, tout semble couvert par une enveloppe globale annoncée à 8,3 millions d’euros par an. C’est précisément là que le bât blesse.
Gouverner, ce n’est pas seulement annoncer un équilibre global
Être gestionnaire, ce n’est pas afficher un équilibre budgétaire global en fin de document. C’est relier chaque décision à un coût, chaque coût à une ressource, et surtout assumer des arbitrages visibles. Or le programme ne dit jamais ce qui sera prioritaire en cas de contrainte, ce qui sera différé, conditionné ou abandonné. Il ne distingue pas clairement ce qui relève de l’investissement, du fonctionnement ou de l’expérimentation. Tout est mis sur le même plan.
Sécurité : des coûts structurels minimisés
Le recrutement de 60 policiers municipaux représente à lui seul plusieurs millions d’euros de masse salariale annuelle à régime de croisière, sans que le programme n’en détaille l’impact durable sur le budget de fonctionnement. Le déploiement de 100 caméras de vidéoprotection est présenté comme un investissement technologique, sans prise en compte explicite des coûts récurrents de supervision humaine, de maintenance et d’exploitation.
Propreté : une priorité du quotidien sans trajectoire budgétaire
Sur la propreté, le programme anticipe la critique budgétaire en affirmant que l’effort pourrait être réalisé sans embauche, par simple restructuration des effectifs existants. L’argument est séduisant, mais il reste largement théorique. Renforcer les équipes rapides, multiplier les interventions, moderniser les équipements, lutter plus fermement contre les dépôts sauvages suppose soit des effectifs supplémentaires, soit une baisse d’autres missions municipales.
Même sans création de postes, les investissements annoncés, corbeilles connectées, caméras nomades, équipements, outils numériques, représentent plusieurs centaines de milliers d’euros, auxquels s’ajoutent des coûts de maintenance et de fonctionnement. Surtout, la collecte des déchets relève largement de l’intercommunalité, ce qui limite fortement la capacité de la seule Ville à tenir les promesses formulées.
Attractivité événementielle : des projets visibles, des coûts invisibles
Le volet attractivité privilégie ce qui brille et notre ville a besoin de briller, c’est une bonne chose : événements festifs, lumineux, gastronomiques, culturels.
Sauf que les projets présentés comme des leviers majeurs de rayonnement, impliquent pourtant des coûts très importants en logistique, sécurité, communication et fonctionnement. Aucune enveloppe dédiée ni ordre de grandeur budgétaire n’est clairement identifié dans le programme.
L’attractivité est pensée comme une vitrine, pas comme une politique économique structurée. Elle attire des projecteurs et… peut-être des moyens. On verra plus tard !
Déplacement de la gare routière : une opération lourde
Côté mobilité, le candidat Olivier Galzi annonce sans douter une seule seconde le déplacement de la gare routière, qu’il souhaite scinder en deux aux entrées sud et ouest de la ville. Cette opération structurelle d’envergure, est évoquée sans aucune estimation financière et sans clarification sur les arbitrages inter-institutionnels nécessaires, alors même qu’il ne relève pas de la compétence exclusive de la Ville.
Les grands absents du raisonnement financier
Le silence devient plus préoccupant encore lorsqu’on aborde les SEM (Société d’Économie Mixte) et satellites municipaux. Citadis, Avignon Tourisme, le Parc Expo sont absents du programme, alors qu’ils constituent historiquement des points noirs financiers. Déficits structurels, subventions d’équilibre, garanties d’emprunt : c’est dans cette galaxie parapublique que se nichent souvent les fragilités budgétaires les plus lourdes.
Un maire ne peut pas prétendre redresser une ville sans s’attaquer à ces structures. Leur absence du programme révèle une difficulté à entrer dans le dur de la gestion, là où les chiffres sont moins flatteurs et les décisions plus impopulaires.
Autre silence lourd : celui sur les projets urbains déjà engagés, notamment Courtine–Confluence. Ce projet structurant, intercommunal, coûteux et déjà lancé, il devrait compter 2 500 logements, 200 000 m² de surfaces pour bâtiments d’activités (tertiaire, hôtellerie, etc.), environ 6 000 habitants sont prévus à terme dans le quartier, à horizon 15 ans. Sa vision sur ce projet est totalement absente du programme.
Gouverner une commune ne consiste pourtant pas à repartir d’une page blanche. Il faut piloter l’existant, ajuster, assumer des décisions prises avant soi.
Dette municipale : un constat partagé, mais aucune stratégie explicitée
Si la dette municipale est clairement évoquée en fin de programme, aucune stratégie claire de désendettement n’est présentée : ni trajectoire pluriannuelle, ni priorisation des efforts, ni arbitrages assumés sur la durée du mandat. Là encore, le diagnostic existe, mais la méthode fait défaut.
La référence à EDEIS accentue paradoxalement cette contradiction. Gérer un opérateur d’infrastructures, c’est piloter des actifs identifiés, dans des cadres contractuels précis, avec des équilibres économiques fermés et des décisions rapides. Gouverner une ville comme Avignon, c’est composer avec des compétences imbriquées, des politiques structurellement déficitaires, des dépenses rigides et une conflictualité démocratique permanente. Cela suppose une capacité à dire non, à hiérarchiser, à renoncer. Or cette grammaire de la gestion publique n’apparaît pas dans le programme.
8,3 millions d’euros annoncés : un cadrage, pas un chiffrage des mesures
Le chiffrage global avancé, aussi rassurant soit-il sur le papier, ne répond pas à cette exigence. Dire que des gains hypothétiques couvrent l’ensemble du projet n’équivaut pas à démontrer combien coûte chaque engagement ni comment les choix seront opérés entre des politiques toutes présentées comme essentielles. Ce glissement entre capacité de financement théorique et pilotage budgétaire réel constitue le cœur de l’angle mort du programme.
Mais un autre angle mort du programme tient à ce qu’il ne dit pas. À aucun moment Olivier Galzi n’indique le volume d’investissements qu’il souhaite engager sur le mandat, ni vers quels projets structurants ils seraient prioritairement fléchés. Or, dans une ville contrainte financièrement comme Avignon, l’investissement constitue le principal levier politique du maire. Cécile Helle y consacrait environ 45M€/an. Cela se matérialise par des choix, des renoncements et une vision à long terme.
L’absence de cap clair sur ce point donne le sentiment d’un programme qui additionne les intentions sans hiérarchiser les priorités, là où l’exercice municipal exige précisément l’inverse : décider avant d’annoncer.
Un programme largement dépendant d’autres niveaux institutionnels
L’analyse du programme met également en évidence que 23 % des propositions relèvent du champ de l’agglomération ou de compétences très partagées, limitant de fait la capacité d’action directe du maire et renforçant la nécessité d’arbitrages politiques et institutionnels clairs.
Un chiffre résume à lui seul notre analyse : 79 % des mesures du programme ne sont pas chiffrées individuellement, malgré un cadrage financier global de 8,3M€ affiché en fin de document et manifestement largement sous-estimé.
Gouverner Avignon avec une ambition raisonnée
Un programme et une campagne traduisent toujours une certaine conception de l’action publique. Olivier Galzi excelle dans l’art du récit et de la communication. Cette force est au cœur de sa démarche politique, mais elle constitue aussi sa principale zone de fragilité lorsqu’elle n’est pas adossée à une gestion pleinement démontrée.
À Avignon comme ailleurs, l’ambition et la communication sont indispensables. Sans pragmatisme financier et sans méthode, elles deviennent toutefois un facteur de déséquilibre.
Jamil Zéribi

