Après plusieurs mois de fortes tensions politiques dans la 1ʳᵉ circonscription du Vaucluse et à l’approche des municipales à Avignon, les divisions de la gauche locale continuent d’alimenter le débat. Le militant associatif et candidat aux dernières législatives, Philippe Pascal porte un regard critique sur ces recompositions politiques. Dans cet entretien, il revient sur les polémiques récentes, l’état de la gauche avignonnaise et annonce son retrait de la vie politique.
Après la séquence politique très tendue qu’a connue la 1ʳᵉ circonscription du Vaucluse ces derniers mois, entre recompositions à gauche, affrontements politiques et controverses locales, quel regard portez-vous sur ce moment politique ? Qu’est-ce qu’il révèle, selon vous, de l’état de la gauche et du fonctionnement de la vie politique locale ?
À Avignon, la gauche donne aujourd’hui l’image d’un puzzle politique qui change à chaque échéance : alliances de circonstance, trahisons, soutiens contradictoires et ralliements inattendus. On a parfois le sentiment que les stratégies locales d’appareil et les courses aux postes ont pris le pas sur la clarté des idées et le sens de l’idéal politique. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’ont conduit à consacrer quelques chapitres de mon livre en cours sur la vie politique avignonnaise et raconter et éclairer ces mécanismes tordus souvent méconnus du grand public.
À quelques jours de la fin de la campagne des municipales, le paysage politique avignonnais reste encore très ouvert. Quelle est aujourd’hui votre position : quel est le candidat qui vous a le plus convaincu ? Et plus largement, quelles devraient être selon vous les priorités d’un projet municipal de gauche à Avignon et dans son agglomération ?
Je suis un homme de gauche, et naturellement mon vote ira vers l’une des listes de gauche à Avignon. Chacun des trois candidats présente des qualités et un engagement sincère pour la ville, et tous méritent attention. Je suis moins convaincu par leurs équipes.
Je n’ai pas encore fait mon choix définitif, mais ce qui me touche et me rapproche particulièrement de M. Geslin, c’est sa sincérité, sa loyauté, son désintéressement, son idéologie claire et nette et sa capacité à porter un projet avant tout tourné vers l’intérêt général.
Plus largement, pour séduire l’électorat on met au centre des débats, sécurité et mobilité, moi je souhaite que le prochain mandat mette au cœur de l’action municipale la justice sociale, l’accès au logement, la transition écologique et la participation citoyenne, pour construire un Avignon plus solidaire et durable.
Lors de la polémique récente visant Raphaël Arnault après l’affaire dite « Quentin », vous avez choisi de ne pas participer aux attaques publiques et de maintenir une position mesurée. Pourquoi ce choix, et que vous inspire la manière dont cette séquence a été traitée politiquement et médiatiquement ?
Raphaël Arnault a été désigné par La France insoumise comme candidat NFP pour les législatives à Avignon alors qu’il était encore dans la jeune garde.
Pour moi, ce mouvement n’est pas créé pour débattre au Parlement ou pour gérer les affaires locales d’une ville comme Avignon. C’est avant tout un mouvement antifasciste, ce qui est très respectable et auquel je souscris pleinement et c’est pour cette incohérence que, soutenu par la Maire et le sénateur socialiste, je me suis déclaré candidat.
Car je crois que la lutte contre l’extrême droite se mène d’abord dans les débats et la conviction idéologique, pas dans les bagarres de rue.
Aujourd’hui, cet incident tragique à Lyon, où un membre d’un groupe néonazi a trouvé la mort, a conduit certains à pointer du doigt Raphaël Arnault à cause de son passé dans la jeune garde.
Pour ma part, je refuse de le clouer au pilori. La cabale dont il fait l’objet est scandaleuse : certains de ses anciens soutiens à Avignon, qui l’avaient défendu il y a deux ans et m’insultaient pour ma dissidence, tels d’anciens LFI ou des ex alliés Verts, le traitent maintenant de violent et même de raciste, demandent sa démission et le traînent dans la boue. Je ne marcherai jamais avec ce type d’attaques, qui sont injustes et profondément déloyales. Raphaël Arnault a été élu avec le label NFP démocratiquement, et je n’ai pas réussi à l’époque à le devancer. Il est député. Point final.
Après votre parcours de militant associatif, d’ancien inspecteur de l’URSSAF et votre engagement politique à gauche, comment envisagez-vous la suite de votre engagement ? Quelles sont aujourd’hui vos ambitions politiques et la forme que vous souhaitez donner à votre action dans le Vaucluse dans les années à venir ?
Ma vie a toujours été une succession de combats : ado pour survivre, contre le racisme avec le MRAP, pour réparer les dégâts de la colonisation au Sahel et en Palestine, contre la corruption notamment dans l’affaire Mariani, comme syndicaliste à la CGT. Je me suis lancé en politique très tard, à 60 ans, en pensant pouvoir continuer ces combats jusqu’à mon rêve de devenir député de la république.
Mais je me suis vite rendu compte que, pour être considéré et choisi comme candidat, il vaut souvent mieux être un courtisan qu’un idéaliste. Si j’avais eu ce trait de personnalité j’aurais été le candidat NUPES ou NFP et l’histoire aurait été différente.
La politique, pour avancer, exige souvent des coups bas, des compromis, de la déloyauté, parfois des trahisons. Le passage des municipales, avec tous ces arrangements et petites manœuvres, a été pour moi la goutte d’eau : c’est devenu insupportable.
J’ai donc décidé d’arrêter la politique. J’en ai informé mon parti, Debout, et je préfère me retirer plutôt que de participer à un système qui va à l’encontre de mes valeurs.
Aujourd’hui, je vais me consacrer pleinement à mes engagements associatifs, beaucoup plus en harmonie avec ma personnalité : notre orphelinat au Niger, les soins psychologiques aux enfants victimes des guerres tels ceux de Gaza..… c’est là que je peux vraiment agir et rester fidèle à mes convictions.
A 69 ans, je ne sais pas combien de temps la vie me réserve encore. Chaque année qui me reste doit être consacrée à ma famille, à l’action constructive, à l’écriture et à la lecture, et non aux intrigues de la politique locale d’Avignon.
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