Darida Belaïdi : « Le canton Sud est un territoire fracturé et meurtri »

À quelques mois des élections départementales, nous avons rencontré Darida Belaïdi pour analyser la situation économique et sociale dans le canton Sud d’Avignon. La conseillère départementale, élue dans le canton, connait parfaitement ce territoire, elle se démène pour soutenir les familles en difficulté et porte de l’ambition pour ses habitants. Rencontre…

« J’ai connu les difficultés sociales

que vivent les habitants de ces quartiers »

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai grandi dans le quartier populaire de la Croix des Oiseaux au sein d’une famille modeste. J’ai connu les difficultés sociales que vivent les habitants de ces quartiers. Cette proximité et ce vécu ont façonné mon engagement politique et ma détermination à agir.

Dans ma jeunesse, j’ai pratiqué le football par passion puis j’ai eu la chance de jouer en division 1 à Cavaillon et St Rémy. J’ai ensuite obtenu un brevet d’état d’éducateur. Au delà d’être un divertissement, ce sport m’a permis de sortir du quartier et de créer de nouvelles relations. Le football a été très important dans mon évolution car il porte les valeurs de générosité, d’engagement, de solidarité et de persévérance.

Des valeurs que l’on retrouve dans la vie et dans la politique notamment.

À quel moment vous décidez de vous engager en politique ?

Au début des années 80 avec l’arrivée de François Mitterrand, les quartiers populaires ont enregistré les premières mesures d’accompagnement et de soutien. Je pense notamment aux contrats aidés et aux dispositifs en faveur de la jeunesse.

Ensuite au collège, j’ai eu la chance de cotoyer des professeurs qui faisaient de la lutte contre les inégalités leur priorité et ces professeurs étaient quasiment tous de gauche. J’ai pris conscience à leur contact que l’engagement politique pouvait avoir du sens et qu’il fallait s’inscrire dans l’action plutôt que dans la contestation.

J’ai donc adhéré au parti socialiste en 1989 et j’ai milité pendant des années aux côtés de Guy Ravier, d’Henri Coupon puis de Cécile Helle, de 1997 à 2017.

Mon implication personnelle sur une liste a débuté lors des municipales de 2014 puis lors des départementales de 2015 dans le canton Sud en binome avec Alain Moretti, où nous avons été élus avec 60,53% face au FN.

« Tous les voyants sont au rouge sur ce territoire »

Quel regard portez-vous sur la situation économique et sociale du canton Sud ?

Le canton Sud est un territoire fracturé, meurtri, c’est le plus pauvre du Vaucluse et sans doute l’un des plus pauvres de France. Tous les voyants sont au rouge sur ce territoire. Il a été classé « QPV » (Quartier Prioritaire de la Politique de la ville) par l’état et fait l’objet d’un vaste programme de rénovation urbaine (NPRU).

Il compte plus de 30 000 habitants, de nombreux quartiers populaires mais également la zone d’activité économique de Courtine, l’hôpital d’Avignon et la gare TGV. La rocade accueille plus de 40 000 véhicules par jour avec de graves conséquences sanitaires pour les habitants du canton.

Malgré ce terrible constat, la vie associative y est riche et les habitants s’investissent dans ces structures.

« J’essaie de compenser les aberrations

sociales et économiques de ce canton »

Quel bilan faites-vous de votre mandat de conseillère départementale ?

Durant mon mandat, j’ai fait ce qui m’anime profondément. C’est à dire accueillir, écouter, accompagner et trouver des solutions aux habitants dans le besoin, qu’ils soient père de famille, maman isolée, étudiant ou chef d’entreprise. J’ai multiplié les permanences et les visites sur de terrain, je suis intervenue pour alerter les services, les organismes et les collectivités quand ce fût nécessaire.

J’ai participé avec assiduité aux séances du conseil départemental pour proposer et m’opposer quand j’avais le sentiment que les choses n’allaient pas dans le bon sens.

Je fais partie de l’opposition au Département, ce qui n’a pas facilité ma tâche et ne m’a pas permis d’aller au bout de mes projets. C’est le paradoxe de ce type de mandat, je suis élue sur un territoire largement paupérisé et je n’ai pas les moyens d’agir pleinement pour répondre aux attentes des habitants.

J’essaie de compenser les aberrations sociales et économiques de ce canton en mettant une solution face à un problème, c’est parfois frustrant car en amont, je ne partage pas toujours les orientations et les décisions politiques.

« J’ai l’impression que l’on sacrifie

des générations, c’est honteux »

Quelles sont vos priorités d’action pour la dernière partie de votre mandat ? 

Dans la dernière ligne droite de mon mandat, je vais multiplier les accompagnements individuels et le soutien des habitants en difficulté car les attentes sont importantes en matière d’emploi et de formation notamment. Je vais également continuer à alerter sur les enjeux de santé publique et soutenir le projet de la LEO.

Les habitants de la Rocade ont aussi le droit, comme chaque citoyen de cette ville de vivre en bonne santé, dans la dignité et le respect. J’appuie mon ressenti sur les propos de Bernard Muscat, médecin généraliste installé sur la rocade. Il avait constaté chez ses patients une hausse de 16% des cancers et 26% pour les cardiopathies. J’ai l’impression que l’on sacrifie des générations, c’est honteux.

Comment appréhendez-vous cette fin de mandature ?

Avec confiance, humilité et détermination.

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