Depuis la mort tragique du militant d’extrême droite Quentin Deranque, le député du Vaucluse Raphaël Arnault et son parti LFI sont dans la tourmente.
La séquence médiatique qui s’est ouverte à la suite de ce drame a rapidement pris une dimension nationale. Une large partie des médias, de nombreux éditorialistes et une fraction importante de la classe politique ont saisi l’occasion pour chercher à anéantir politiquement Raphaël Arnault, La France Insoumise et, au-delà, Jean-Luc Mélenchon.
L’injonction à une condamnation unanime de LFI est devenue un passage obligé du commentaire politique. Plus largement, le récit porté par l’extrême droite imprègne désormais une partie du débat médiatique traditionnel.
Un climat de radicalisation dans le débat public
En effet, le glissement sémantique est manifeste dans les médias. Les mouvements ouvertement identitaires ou xénophobes qui se sont affrontés à Lyon avec des militants antiracistes ont été désignés comme « nationalistes » ou « patriotes », des qualificatifs qui édulcorent la radicalité de leur projet.
Dans ce climat, un phénomène interpelle : la mise en équivalence, dans de nombreux discours, entre l’engagement politique raciste et l’engagement antiraciste. Cette symétrie constitue une confusion idéologique majeure au regard de l’histoire politique et des principes républicains. La seule symétrie factuelle de ces groupes est qu’ils partagent souvent un même recours à la confrontation et à la violence comme instrument de leur action politique.
Dans ce climat de radicalisation, les réseaux sociaux sont de plus en plus saturés de propos à caractère violent et raciste, en contradiction avec le cadre légal fixé par le Code pénal. La polarisation du débat public semble avoir libéré une parole qui se déploie sans retenue, contribuant à installer un climat de tension durable.
Mélenchon, un leadership devenu un frein
Jean-Luc Mélenchon a construit son espace politique sur la conflictualisation permanente et la personnalisation du pouvoir. Il ne s’en cache pas, il le revendique. Cette méthode a permis à LFI de se distinguer fortement sur la scène nationale face à une gauche de gouvernement qui a échoué.
Mais depuis quelques mois, Jean-Luc Mélenchon constitue un frein au développement d’une gauche sociale et écologique capable d’élargir sa base. L’hyper-centralisation des décisions, la verticalité du leadership, ses outrances et l’effacement des contre-pouvoirs internes limitent la crédibilité d’un projet qui prétend défendre le pluralisme démocratique.
La stratégie de tension permanente et la rhétorique révolutionnaire revendiquée constituent aujourd’hui une impasse politique. Elles ne fédèrent plus, elles segmentent. Si elles consolident un socle militant acquis, elles empêchent toute construction majoritaire et isolent durablement le mouvement du reste du corps électoral.
Présentée comme une voie de transformation, cette posture apparaît en réalité décalée par rapport aux attentes d’une large partie des citoyens, attachés à la stabilité des institutions et à l’équilibre républicain. Elle comporte un risque majeur : enfermer une jeunesse engagée dans une radicalité performative qui prime sur l’efficacité politique et les valeurs universelles. Cette stratégie affaiblit ainsi les combats pourtant légitimes qu’une gauche sociale, solidaire et écologique devrait pouvoir porter avec force et sérénité dans le débat public.
Mathilde Louvain maintient sa dynamique
Pendant ce temps, à Avignon, la campagne municipale suit son cours. La candidate investie par LFI et porteuse du rassemblement « La Nouvelle Avignon Populaire », Mathilde Louvain, poursuit son travail de terrain. Réunions publiques, échanges directs avec les habitants, présentation progressive des axes programmatiques : la stratégie locale se veut structurée et ancrée dans les préoccupations concrètes.
Lors du débat organisé par France 3, sa prestation a été jugée solide par plusieurs observateurs, contrastant avec les difficultés rencontrées et les limites dans l’exercice oratoire du candidat socialiste David Fournier. Malgré la pression nationale et la séquence défavorable pour LFI, la dynamique locale ne semble pas totalement rompue.
Un scrutin municipal encore ouvert
Il est probable que l’intensité des attaques visant le parti au niveau national pèse sur la campagne avignonnaise. Toutefois, les équilibres électoraux restent mouvants. Les résultats du premier tour et les stratégies d’alliance du second tour, notamment entre Mathilde Louvain et David Fournier, seront déterminantes.
La campagne n’est pas achevée. La publication définitive des listes, attendue dans les prochains jours, constitue un moment structurant de toute élection municipale.
Plus que jamais, le scrutin apparaît ouvert.
Jamil Zéribi
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