© Facebook – Mouloud Rezouali
Patient, discret, rarement en première ligne, David Fournier s’est construit au cœur du Parti socialiste, loin de l’exposition médiatique. Sa trajectoire politique repose sur la maîtrise du temps long, des équilibres et des alliances. Ici, la conquête du pouvoir se joue davantage dans les coulisses que dans le débat public.
À l’approche des municipales de 2026, cette méthode atteint désormais son point de vérité.
Une immersion précoce dans les rouages politiques
Fils de l’ancienne députée Michèle Fournier Armand, David Fournier grandit dans un univers où l’engagement est une seconde nature. D’un côté, un père syndicaliste. De l’autre, une mère militante puis élue. Entre les deux, une boussole idéologique jamais déviée : la gauche, toujours.
Très tôt, il rejoint le Parti socialiste. Progressivement, il milite, observe et s’imprègne des équilibres internes. Sur le plan professionnel, il intègre la Mutualité sociale agricole. Cet environnement correspond pleinement à une gauche sociale, attentive aux corps intermédiaires et aux mécanismes de solidarité.
Une formation politique à l’ancienne
Son apprentissage politique se fait à l’ancienne. Dans ce cadre, il avance dans l’ombre, à l’écoute, au contact des rouages internes, du local au national. En 2001, il vit de l’intérieur la défaite surprise d’Élisabeth Guigou aux municipales à Avignon.
Par la suite, il devient collaborateur parlementaire de sa mère, devenue députée. Il se forme alors aux mécaniques électorales, aux rapports de force feutrés et aux jeux d’équilibres internes du Parti socialiste. Cette école est rude, mais elle structure durablement son parcours.
Un héritage politique familial
L’action de Michèle Fournier Armand, très implantée dans les quartiers populaires, suscite des lectures contrastées. Certains saluent sa proximité de terrain et sa disponibilité. D’autres, en revanche, y voient une confusion entre action sociale et clientélisme politique.
Dans ce registre, une partie de la gauche est parfois accusée d’utiliser cet électorat populaire plutôt que d’agir durablement pour son émancipation politique et sociale.
Deux mandats dans l’ombre municipale
Élu adjoint au maire en 2014 puis en 2020 sur la liste de la gauche unie derrière Cécile Helle, David Fournier traverse deux mandats dans une grande discrétion. Il ne signe aucun coup d’éclat et ne porte aucune initiative structurante.
Dans le même temps, il soutient l’ensemble des délibérations municipales, y compris le très controversé plan Faubourgs. Il observe, engrange de l’expérience et évite toute exposition inutile. Parallèlement, il s’investit dans le monde sportif, notamment dans le football, une passion ancienne.
Le District Grand Vaucluse, une séquence révélatrice
L’épisode du District Grand Vaucluse de football éclaire la manière dont David Fournier appréhende le pouvoir.
Dirigeant de l’Avenir Club Avignonnais, solidement implanté dans les quartiers populaires, il se lance en 2019 dans la course à la présidence du District. Cette démarche se déroule en parallèle de son mandat d’élu à la Ville d’Avignon.
Une campagne sous haute tension
La période précédant l’élection se déroule dans un climat délétère. Rivalités internes, tensions et accusations graves visent le président sortant, Marc Martinet, à qui certains prêtent de nouvelles ambitions.
Dans ce contexte, sa gestion de l’instance sportive est remise en cause. Un constat d’huissier est établi par Jean-Christophe Magnaud, président de l’ACA, à la tête d’un collectif de 4 clubs. Des documents sont transmis aux médias qui couvrent largement cette fronde. Une plainte est même déposée par Jean-Christophe Magnaud. Une enquête est ouverte, avant d’être classée sans suite par le procureur de la République.
Bien qu’innocenté, cet épisode laissera des traces durables et pèsera sur l’image de Marc Martinet.
Une victoire nette, suivie d’un retrait
Dans ce climat conflictuel, David Fournier l’emporte avec plus de 60 % des suffrages exprimés. La victoire est nette. Toutefois, elle intervient dans un contexte complètement éloigné des valeurs habituellement associées au sport amateur.
Quelques semaines plus tard, David Fournier quitte la présidence pour raisons de santé. Il laisse alors derrière lui un District durablement fragilisé.
Par la suite, la crise s’installe au sein du District Grand Vaucluse. Onze membres sur dix-huit du comité directeur démissionnent. Ils dénoncent publiquement un fonctionnement jugé opaque et un déficit de démocratie interne sous la nouvelle présidence de Michel Serre.
Pour les soutiens de David Fournier, cet épisode démontre sa capacité à s’imposer dans des environnements complexes. Pour ses détracteurs, en revanche, il révèle une pratique du pouvoir fondée sur des rapports de force assumés.
Dès 2023, la construction patiente des alliances
Dès 2023, David Fournier engage un travail de rapprochement avec les écologistes avignonnais. Il s’appuie notamment sur Mouloud Rezouali, Jean-Pierre Cervantes et Samir Allel, élu conseiller départemental en 2021 dans le canton Sud.
L’objectif est clair : bâtir une alliance crédible et incontournable en vue des municipales de 2026.
A la tête du PS local
Ce travail s’inscrit dans le temps long. En parallèle, il consolide sa position au sein du Parti socialiste avignonnais et en devient le leader. Ce passage constitue un préalable indispensable à l’investiture.
À l’issue d’un vote interne d’une trentaine d’adhérents, il est désigné face à Zineb Haddaoui, chef de file du PS pour les municipales de 2026.
Un rapprochement écologiste sous pression
En 2025, un nouvel épisode sensible intervient. À l’approche du vote interne des écologistes sur la motion de rapprochement avec le PS, la cheffe de file locale, Sabah Badji, pas favorable à ce rapprochement, se retrouve fragilisée par la publication dans la presse d’une affaire interne liée au District Grand Vaucluse de football, instance où elle est bénévole.
Dans ce contexte, des éléments administratifs, dont un procès-verbal officiel, sont transmis aux médias. Le calendrier interpelle, sans que le lien politique ne soit formellement établi. Quelques jours plus tard, sa motion n’obtient pas la majorité des suffrages. Les adhérents écologistes valident la motion de rapprochement avec le PS de David Fournier.
Par la suite, Sabah Badji affirmera dans la presse être victime de sexisme et de harcèlement : « j’ai engagée une procédure contre mes harceleurs, qui tentent encore aujourd’hui de relancer des actions à mon encontre dans le seul but de m’éliminer du paysage politique. »
L’élargissement jusqu’à Farid Faryssy (ex LFI)
Quelques semaines plus tard, David Fournier élargit encore sa coalition. Farid Faryssy, ancien socialiste élu à Carpentras et candidat LFI à Avignon lors de plusieurs élections, rejoint sa dynamique après avoir quitté le parti de Jean-Luc Mélenchon avec fracas.
Écarté du rôle de chef de file de LFI pour les municipales à Avignon, il règle ses comptes dans la presse. Il accuse notamment le député Raphaël Arnault de trahison et de racisme. Cette charge reste sans réponse et apparaît comme une sortie politique calculée.
La gauche des appareils face à la gauche des idées
Face à la mécanique d’appareils mise en place par David Fournier, d’autres gauches existent à Avignon. Elles apparaissent plus fragmentées, mais aussi plus prolixes sur le fond.
L’ancien médecin Joël Peyre incarne l’expérience et le redressement des finances publiques. Paul Roger Gontard porte la voix d’un centre gauche réformiste, attentif aux attentes des acteurs économiques. Zineb Haddaoui bien que très discrète dans cette campagne, se montre attachée aux enjeux sociaux et démocratiques. Enfin, Mathilde Louvain assume une rupture idéologique plus marquée avec le PS et travaille à renforcer la contribution citoyenne aux décisions politiques.
Ainsi, deux conceptions de la politique municipale s’opposent. L’une part des idées pour construire des majorités. L’autre construit des alliances en espérant que le projet suivra.
Dernièrement, le candidat quasi inconnu de centre gauche du parti Place publique, Benoît Belvalette, crédité de 2 %, aurait souhaité rejoindre la dynamique socialiste, tout en réclamant dans la presse entre quatre et cinq postes éligibles. Une curieuse conception qui relève de méthodes anciennes, pour ce nouveau visage de la politique avignonnaise.
Quand le projet peine à émerger
Ainsi se construisent, étape après étape, les coalitions de David Fournier. Cette méthode correspond à son parcours. La stratégie, le pragmatisme, la patience et les logiques d’appareil tiennent lieu de ligne politique.
Après un premier sondage à 5 %, un sondage plus récent place David Fournier en tête de la gauche au premier tour à 18 %, derrière le candidat de droite Olivier Galzi et le Rassemblement national. Joël Peyre, Paul Roger Gontard et Zineb Haddaoui apparaissent loin derrière.
Reste alors une question centrale : que propose David Fournier sur le plan politique ? Si son discours se veut humaniste, son parcours révèle peu d’idées fortes ou d’initiatives structurantes pour Avignon et ses habitants.
En mars 2026, les électeurs diront si cette stratégie suffit à transformer une carrière discrète en destin municipal.
Jamil Zéribi
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