Crédit photo : Guillaume Samama
Depuis le retrait de Julien Aubert qui a eu lieu en novembre 2025, un vide politique s’est installé à Avignon. Un vide d’autant plus troublant qu’il concerne Les Républicains, un parti de gouvernement qui a longtemps structuré la vie municipale et dirigé la ville durant trois mandats sous Marie-Josée Roig. À quelques semaines du 1er tour, une question s’impose : comment expliquer l’absence quasi totale de LR dans le débat local, alors même que l’élection municipale constitue le rendez-vous démocratique de proximité par excellence ?
LR veut-il encore compter à Avignon ?
Julien Aubert a justifié son retrait de la tête d’une liste en expliquant notamment vouloir éviter une “guerre à droite” et favoriser une union contre la gauche sortante. Dans la foulée, la commission nationale d’investiture LR a désigné Serge Perramond comme “chef de file” du collectif Avignon Passion.
Les municipales ne sont pas un scrutin abstrait. Elles engagent des choix très concrets : urbanisme, sécurité, finances locales, écoles, attractivité économique, qualité de vie. Se taire dans ce moment politique, c’est laisser les autres écrire seuls le récit de la ville. Pour un parti qui a longtemps revendiqué une culture de gouvernement et de gestion, ce retrait interroge.
Une érosion électorale lente mais continue
Le silence actuel ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit dans une dynamique de recul électoral progressive à Avignon. Scrutin après scrutin, la droite LR s’est affaiblie, jusqu’à devenir marginale dans certains rendez-vous nationaux et territoriaux. Aux municipales de 2020, la droite républicaine n’a pas dépassé la barre des 10 % au second tour. Concernant les législatives suivantes, ses candidats ont peiné à franchir les 5 % dans la ville. Quant aux départementales, le score est resté à un niveau très faible en proportion des inscrits.
Ces chiffres ne sont pas qu’une photographie aride. Ils racontent une histoire : celle d’un parti qui ne parvient plus à incarner une alternative locale crédible, ni à fédérer au-delà de son socle militant. Mais cette réalité électorale rend d’autant plus nécessaire une clarification politique. Le silence n’a jamais été une stratégie de reconquête.
Le cas Julien Aubert : retrait assumé, absence prolongée
Le retrait de Julien Aubert a été présenté comme un choix de lucidité et de responsabilité, visant à éviter une fragmentation supplémentaire du camp de la droite. Cet argument peut s’entendre. Ce qui interroge davantage aujourd’hui, c’est l’absence prolongée de parole politique depuis cette décision.
Quelle est désormais sa place dans la séquence municipale avignonnaise ? Soutien discret ? Mise en retrait durable ? Logique d’accord politique en arrière-plan ? A-t-il encore envie de s’investir dans la ville ?
Sur ce point, aucune affirmation ne peut être établie de manière factuelle. Mais en politique, le silence n’est jamais neutre. Il ouvre mécaniquement la voie aux hypothèses, aux calculs supposés, aux fantasmes stratégiques. Et surtout, il laisse sans repères un électorat et des militants qui attendent des lignes claires.
Un parti, des militants, une responsabilité
La question dépasse les personnes. Elle est collective. Les Républicains veulent-ils encore compter à Avignon ?
S’ils renoncent à prendre part au débat municipal, ce renoncement risque d’apparaître comme un abandon, voire comme un dernier coup porté à des militants locaux sincères, qui continuent de croire à la pertinence de leurs idées et à leur utilité dans le débat public.
À Avignon, la droite a une histoire, une mémoire de gestion, une culture municipale. Elle peut être discutée, critiquée, dépassée. Mais elle ne peut pas être effacée par défaut de parole. Une recomposition politique peut être nécessaire. Elle n’exonère pas d’un devoir d’expression, de clarification et d’incarnation.
Car gouverner une ville commence toujours par une étape simple et exigeante : accepter le débat.
Jamil Zéribi

