Cette semaine à Avignon, la campagne municipale du PS a planté son décor. Le marché de Monclar. Les étals, les tracts, les poignées de main appuyées et, étape incontournable de la caravane socialiste : la venue d’Olivier Faure pour soutenir David Fournier. Le Parti socialiste et ses partenaires en tournée dans les quartiers populaires. Ambiance carte postale militante.
Rien d’inhabituel. Juste une scène connue.
SOS Racisme, acte fondateur d’un lien politique
Petit retour arrière. Dans les années 1980, SOS Racisme est initié dans l’orbite du Parti socialiste, notamment autour du tacticien Julien Dray, qui agit en coulisse. Le mouvement devient rapidement un marqueur générationnel puissant et installe un lien politique durable entre le PS et les quartiers populaires.
Quarante ans plus tard, malgré les désillusions sociales et les résultats contrastés des politiques publiques, cette connexion électorale tient encore, tant bien que mal, dans certains territoires.
Le contraste est d’autant plus frappant que la candidate socialiste à l’élection présidentielle de 2022, Anne Hidalgo, a obtenu 1,75 % des suffrages. Effondrement historique à l’échelle du pays. Mais dans plusieurs quartiers populaires, le réflexe partisan subsiste malgré la montée en puissance de la France Insoumise.
19 ans à l’Élysée, 12 ans à Avignon, 18 ans à la Région
Depuis 1981, le Parti socialiste a exercé la présidence de la République pendant 19 ans. Dix-neuf années pleines au sommet de l’État. À cela s’ajoutent des périodes gouvernementales entières. À Avignon, la gauche a dirigé la ville pendant 12 ans. Douze budgets. Douze séries d’arbitrages. Douze exercices complets du pouvoir municipal. La région Sud a été gérée 18 ans par le PS et ses alliés, de 1998 à 2015. Le département de Vaucluse a été dirigé par le socialiste Claude Haut de 2001 à 2015.
On ne parle pas d’un passage éclair. On parle de cycles où le PS a eu quasiment tous les pouvoirs sur notre territoire.
Et pourtant, sur le marché de Monclar, le discours ressemble à une découverte tardive. On redécouvre la pauvreté. On redécouvre le chômage. On redécouvre l’insécurité. On écoute, encore et encore les habitants, les acteurs associatifs. On promet de réparer, de reconstruire, de recréer du lien. Comme si le diagnostic datait d’hier.
Les réalisations locales : visibles mais limitées
Soyons factuels. Sous la gouvernance socialiste à Avignon lors de ce mandat qui s’achève, des projets ont été réalisés. La Plaine des Sports constitue un équipement structurant. La rénovation de la piscine de la Route de Marseille représente un investissement significatif et utile aux habitants. Deux infrastructures importantes, accessibles à tous les Avignonnais.
Mais au regard des fragilités sociales profondes des quartiers populaires, la question demeure : est-ce proportionné à douze années d’exercice du pouvoir municipal ?
Pendant que le récit prospère, les indicateurs sont inquiétants
Les données sociales ne lisent pas les tracts. Dans de nombreux quartiers, la pauvreté s’est enracinée. Le chômage est resté structurellement élevé. Les services publics ont reculé. Les associations ont vu leurs moyens diminuer tandis que certains centres sociaux ont disparu. Les phénomènes de délinquance et de trafic de drogue se sont installés durablement.
Dès lors, une question simple s’impose : comment un parti qui a gouverné si longtemps peut-il revenir expliquer qu’il détient enfin les solutions aux conséquences de politiques menées pendant qu’il exerçait le pouvoir ?
Le droit commun plutôt que le récit
À Monclar, le plus frappant n’est pas la venue d’Olivier Faure aux côtés de David Fournier. C’est le scénario qui se répète, encore et encore. Le PS parle comme s’il revenait d’une longue traversée du désert. Or il a été l’un des principaux architectes du paysage institutionnel actuel. À l’échelle nationale, le Parti socialiste demeure un acteur central des équilibres parlementaires et a pris part récemment, aux côtés de LR, au maintien en place du gouvernement Lecornu.
Pendant ce temps, les habitants des quartiers populaires ne réclament ni compassion électorale, ni approche victimaire, ni condescendance stratégique. Ils demandent du droit commun. Une école efficace. Une sécurité réelle. Des services publics présents. Des perspectives d’emploi concrètes.
Être considérés comme des citoyens à part entière, pas comme un segment électoral à mobiliser quelques mois ou semaines avant les élections.
C’est important d’avoir de la mémoire
La campagne avance. Les soutiens nationaux défilent et vont défiler encore. Les photographes immortalisent les poignées de main.
Reste une gêne démocratique difficile à dissiper. Après dix-neuf ans à la tête de l’État et douze ans aux commandes dans notre ville, le Parti socialiste vient expliquer qu’il va régler des difficultés qui se sont installées pendant qu’il exerçait le pouvoir.
À ce niveau de constance et de démagogie, ce n’est plus une stratégie.
C’est une tradition électorale.
Jamil Zéribi
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