La scène était soigneusement préparée.
Vendredi, lors d’une conférence de presse consacrée à la présentation de l’audit financier de la Ville d’Avignon réalisé par le cabinet Klopfer, Olivier Galzi est arrivé la mine grave. Avant même que les experts ne prennent la parole pour exposer leur diagnostic, le maire a choisi de livrer un long propos liminaire. Un réquisitoire politique où les mots étaient pesés pour frapper les esprits : « champ de ruines », « roi de l’artifice comptable », « maquillage », « mensonges », « faillite virtuelle ».
Le décor était planté.
Ce choix n’avait rien d’anodin. En ouvrant la conférence par un discours particulièrement offensif, Olivier Galzi fixait le récit avant même la présentation des faits. Le cabinet d’audit allait ensuite apporter les chiffres ; le maire, lui, avait déjà désigné les responsables.
Décidément, les audits financiers sont des objets fascinants.
Vous commandez un rapport d’experts. Ils vous parlent d’épargne brute, de capacité de désendettement, de structure des recettes, de rattachements comptables et de prospective budgétaire.
Et puis arrive le politique. Là où l’auditeur voit un défaut d’annualité, le maire voit un complot. Là où l’expert évoque une trajectoire financière, le communicant découvre un « champ de ruines ». Là où les comptables parlent d’une dégradation progressive, l’élu débusque soudain le « roi de l’artifice comptable ».
Le tout, évidemment filmé et partagé sur les réseaux sociaux. Les algorithmes adorent les coupables. Beaucoup moins les nuances.
L’audit parle, Galzi raconte et accuse
Le miracle de la traduction politique. Il faut reconnaître à Olivier Galzi un talent que personne ne lui conteste : raconter une histoire. Et cette histoire est à la fois dramatique et séduisante. Il y aurait les méchants d’hier, responsables de tous les maux, et les courageux d’aujourd’hui, condamnés à réparer les dégâts.
Simple. Efficace. Presque hollywoodien.
Le problème, c’est que le cabinet Klopfer raconte une histoire un peu moins confortable.
Ses experts expliquent que la situation est mauvaise, certes. Mais ils rappellent aussi qu’Avignon est une ville pauvre, aux recettes limitées, au revenu fiscal faible, aux charges importantes et à la dette ancienne. L’un des auditeurs explique même connaître cette ville et ses problèmes structurels depuis « très longtemps ».
Traduction : le problème n’a pas été inventé lors du dernier mandat. Il est installé depuis des décennies.
Le vrai problème s’appelle Avignon
Voilà qui complique un peu le scénario. Car si le problème est structurel, il devient moins facile de distribuer les bons et les mauvais points.
Pendant trente ans, toutes les majorités ont gouverné la même ville. Une ville qui concentre les difficultés sociales, entretient un patrimoine exceptionnel, dispose d’une base fiscale limitée et dépend davantage que d’autres des décisions de l’État.
Autrement dit, le fauteuil de maire d’Avignon ressemble moins à celui d’un chef d’entreprise qu’à celui d’un pilote chargé de faire décoller un avion… avec un réservoir à moitié vide.
La pauvreté n’est pas un scoop
Bien sûr, cela ne signifie pas que toutes les gestions municipales se valent. Certaines décisions ont pu être contestables. Certaines pratiques comptables méritent sans doute les observations sévères du cabinet. Mais faire croire que l’on aurait découvert, en 2026, que la ville est pauvre et possède de lourdes contraintes financières, relève davantage de la communication que de la révélation.
La pauvreté d’Avignon n’a rien d’un scoop. Les difficultés structurelles de ses finances non plus. La vraie question est ailleurs. Si tout est la faute des prédécesseurs, alors il suffirait d’être meilleur qu’eux.
Après les mots, la réalité
Or l’audit dit précisément le contraire.
Il explique qu’avec les contraintes financières qui s’annoncent, avec la baisse probable des concours de l’État et la faible progression naturelle des recettes, le prochain mandat sera probablement l’un des plus difficiles qu’ait connus la ville.
Autrement dit, le véritable adversaire d’Olivier Galzi ne s’appelle peut-être pas Cécile Helle. Il s’appelle Avignon.
Et, jusqu’à preuve du contraire, aucun maire n’a encore trouvé la formule magique pour transformer une ville structurellement pauvre en collectivité riche par la seule force d’une conférence de presse.
Le débat est toutefois loin d’être clos. Dans les prochaines semaines, la Chambre régionale des comptes rendra publique son contrôle de la gestion de la Ville d’Avignon. À la différence d’un audit commandé par une collectivité, ce rapport, établi dans le cadre des missions de contrôle de la juridiction financière, devrait apporter une vision plus complète de la gestion municipale, de ses choix, de ses éventuelles irrégularités et des responsabilités de chacun.
Il constituera sans doute une pièce essentielle pour dépasser les récits politiques et apprécier, sur des bases documentées, la réalité de l’héritage laissé par l’ancienne majorité.
Jamil Zéribi

