À Avignon, les finances municipales sont devenues un spectacle vivant.
D’un côté, le maire Olivier Galzi présente un audit qui évoque un héritage proche de l’apocalypse budgétaire. De l’autre, l’ancien adjoint au maire, David Fournier, démonte méthodiquement les interprétations avancées et conteste le récit catastrophe.
Entre les deux, une conférence de presse soigneusement scénarisée, des qualificatifs aussi spectaculaires que « champ de ruines » ou « roi de l’artifice comptable », et un audit que personne, en dehors de ses auteurs et de la majorité, n’a réellement pu examiner dans son intégralité.
Heureusement, pendant que la politique fait de la communication, la Chambre régionale des comptes, elle, fait de la comptabilité. Et les chiffres ont parfois mauvais caractère : ils résistent assez mal aux slogans.
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Oui, il y a des casseroles… mais pas l’incendie annoncé
Soyons clairs : la Chambre ne distribue pas les bons points.
Elle étrille l’organisation de la mairie. Elle relève des irrégularités sur les véhicules de service, les logements de fonction, la carte d’achat utilisée par l’ancienne maire, des procédures de transparence incomplètes, une fiabilité comptable perfectible et plusieurs recommandations déjà formulées… mais jamais réellement appliquées.
Bref, l’administration municipale ressemble parfois davantage à une maison où l’on repousse les travaux d’entretien qu’à une mécanique suisse.
Mais, contrairement au récit politique construit depuis plusieurs semaines, la Chambre n’écrit nulle part que la Ville est au bord de la faillite.
Mieux : elle constate que la situation financière s’est améliorée en 2023 et 2024, que la commune conserve une capacité d’autofinancement positive et qu’elle poursuit une politique d’investissement soutenue. Ce n’est pas exactement le portrait d’une ville dont il faudrait couper l’électricité avant la fin du mandat.
Le « champ de ruines »… avec des fleurs quand même
La lecture du rapport produit une impression assez curieuse.
À chaque chapitre sévère succède un paragraphe plus nuancé. La commune est mal organisée… mais elle investit. La dette pèse… mais le désendettement est engagé. Le budget vert est incohérent… mais la politique environnementale est ambitieuse. La police municipale manque d’indicateurs… mais elle dispose de moyens importants. Le patrimoine souffre de retards… mais une véritable ambition patrimoniale est reconnue.
À croire que le « champ de ruines » est régulièrement arrosé.
L’audit contre la CRC
La comparaison entre l’audit politique présenté par Olivier Galzi et le rapport de la Chambre est intéressante.
L’audit raconte une histoire. La CRC décrit une situation. L’audit sélectionne les éléments qu’il souhaite mettre en avant. La Chambre publie 92 pages, répond point par point, cite les textes, les chiffres, les réponses de la collectivité et formule sept recommandations précises.
Ce n’est pas la même méthode. Ce n’est donc pas tout à fait la même crédibilité.
Et surtout, le rapport de la CRC est consultable dans son intégralité. Chacun peut vérifier les constats, les nuances et le contexte. C’est précisément ce qui permet le débat contradictoire.
David Fournier trouve un allié inattendu
Depuis plusieurs jours, David Fournier répète que les difficultés financières existent mais que leur présentation est exagérée.
La Chambre régionale des comptes ne reprend évidemment pas son argumentaire politique. En revanche, elle confirme plusieurs éléments qui relativisent le discours le plus alarmiste : amélioration récente des comptes, capacité d’autofinancement maintenue, investissements importants, finances fragiles mais non effondrées.
Disons que le rapport ne valide pas vraiment l’image d’une mairie retrouvée sous trois mètres de gravats budgétaires.
Après le récit, la preuve
Au fond, cette séquence dit surtout quelque chose de notre époque.
On commande un audit. On organise une conférence de presse. On choisit quelques expressions qui marquent les esprits. On filme. On publie. Et les réseaux sociaux se chargent du reste.
Puis arrive la Chambre régionale des comptes avec ses tableaux Excel, ses références au Code général des collectivités territoriales, ses annexes comptables et ses formulations infiniment moins spectaculaires.
Le problème, c’est que les rapports de la CRC font rarement le buzz. Ils ont pourtant un défaut redoutable : ils sont beaucoup plus difficiles à caricaturer.
Et pendant que chacun continue de débattre de l’héritage, une autre question commence déjà à se poser : maintenant que le diagnostic est posé, qu’il soit celui de l’audit ou celui de la Chambre, que va faire Olivier Galzi ?
Car les Avignonnais attendent désormais moins un procès du passé qu’une démonstration de la capacité de la nouvelle équipe à redresser la situation.
Jamil Zéribi
Repères chronologiques
- Période contrôlée : exercices 2019 et suivants, avec des investigations portant sur des situations observées jusqu’en 2025 selon les thématiques.
- 30 juillet 2025 : ouverture officielle du contrôle de la Chambre régionale des comptes, alors que Cécile Helle est encore maire.
- 13 février 2026 : transmission du rapport d’observations provisoires à Cécile Helle, qui peut y répondre.
- 28 mars 2026 : Olivier Galzi devient maire d’Avignon à l’issue des élections municipales.
- 17 avril 2026 : adoption du rapport définitif par la Chambre régionale des comptes, après examen des réponses de l’ancienne majorité et des personnes mises en cause.
Le rapport porte donc essentiellement sur la gestion de l’ancienne municipalité. En revanche, il n’intègre pas l’exécution complète de l’exercice budgétaire 2025 ni les décisions prises par la nouvelle majorité depuis son installation.

