Dans le microcosme politique vauclusien, la perspective d’une candidature de la présidente du Département de Vaucluse, Dominique Santoni aux élections sénatoriales de septembre 2026 circule désormais avec insistance. Rien n’a été officiellement annoncé. Mais, à mesure que les signaux s’accumulent, l’hypothèse semble prendre une épaisseur politique de plus en plus crédible.
Le RN bouleverse durablement le rapport de force politique
Car derrière cette possible candidature, il y a d’abord une réalité électorale brutale : le bouleversement profond du rapport de force politique dans le Vaucluse.
Depuis plusieurs années, le Rassemblement National progresse méthodiquement sur le territoire. Les élections législatives de 2024 ont constitué un tournant majeur avec la conquête de 4 des 5 circonscriptions du département. Une poussée historique qui a confirmé l’ancrage désormais structurel du RN dans le Vaucluse.
Les municipales ont ensuite prolongé cette dynamique. Le Pontet, Morières-lès-Avignon, Camaret-sur-Aigues ont été conservées par le RN. Bédarrides, Carpentras, Aubignan, Orange et Monteux ont basculé. Quant à Apt et Cavaillon, les résultats extrêmement serrés, avec une vingtaine de voix d’écart seulement, ont montré à quel point les équilibres locaux étaient devenus fragiles pour la droite traditionnelle et le bloc central.
Dans ce contexte, les élections départementales de mars 2028 apparaissent déjà comme un scrutin à haut risque pour la majorité actuelle du Département. Une défaite lors de cette échéance pourrait priver Dominique Santoni de tout mandat exécutif majeur. Et en politique, l’anticipation est souvent une question de survie.
Le précédent Muselier change la lecture politique
D’autant qu’un autre signal fort est venu récemment de Renaud Muselier. Le président de la Région Sud, proche de Dominique Santoni et engagé avec elle dans le micro-parti « Cap sur l’Avenir », a annoncé son intention de quitter la présidence régionale pour briguer un mandat sénatorial en 2026. Une décision interprétée par beaucoup comme la volonté d’anticiper un scrutin régional extrêmement périlleux pour l’alliance LR-bloc central face à la montée des extrêmes et à la fragmentation politique.
Ce choix stratégique de Muselier pourrait évidemment nourrir la réflexion de Dominique Santoni. Les parallèles politiques sont nombreux : même espace politique, même exposition au risque électoral, même nécessité potentielle de sécuriser un mandat plus stable institutionnellement.
Avignon, terrain stratégique des grands électeurs
Autre élément observé avec attention : son positionnement durant les élections municipales à Avignon. Une ville essentielle dans la mécanique sénatoriale compte tenu du poids de ses grands électeurs.
Très tôt dans la campagne, Dominique Santoni avait publiquement exprimé tout le bien qu’elle pensait des deux figures de droite engagées dans la bataille avignonnaise : Julien Aubert et Olivier Galzi. Elle avait notamment reçu Olivier Galzi au Département pour un échange largement relayé en images. Une séquence politique loin d’être anodine dans un système où les relations avec les maires et les futurs grands électeurs constituent un levier déterminant des sénatoriales.
Car les sénatoriales se préparent longtemps à l’avance. Et elles se préparent surtout dans les réseaux d’élus locaux.
Les déclarations de Jean-Baptiste Blanc alimentent l’hypothèse
Dernier indice notable : les déclarations récentes de Jean-Baptiste Blanc dans une interview accordée à La Provence. Interrogé sur l’éventualité d’une candidature de Dominique Santoni dans le cadre des exigences de parité, le sénateur LR a répondu sans détour : « Évidemment, elle a un profil rêvé ». Avant d’ajouter : « Je discute avec beaucoup de personnes, dont Madame Santoni. »
Dans le langage politique, ce type de phrase n’a rien d’anodin. Elle valide publiquement l’hypothèse. Et surtout, elle installe Dominique Santoni dans le casting naturel des futures sénatoriales.
Une candidate crédible pour le Palais du Luxembourg
Il faut dire que la présidente du Département possède plusieurs atouts objectifs pour ce scrutin particulier. Depuis le début de son mandat, elle a multiplié les déplacements dans les communes, renforcé sa proximité avec les maires ruraux et entretenu un lien constant avec les élus locaux du département. Dans une élection où les grands électeurs constituent le cœur du corps électoral, cette implantation territoriale compte énormément.
Son profil institutionnel, sa capacité de travail reconnue, son réseau d’élus et son expérience exécutive font d’elle une candidate crédible et légitime pour le Palais du Luxembourg.
À ce stade, aucune annonce officielle n’existe. Mais politiquement, les pièces du puzzle commencent à s’assembler. Et dans le Vaucluse, beaucoup considèrent désormais qu’une candidature de Dominique Santoni aux sénatoriales de 2026 relève moins de la rumeur que d’une trajectoire en construction.
Jamil Zéribi

