Sur la page d’accueil de son site web, le Syndicat d’Énergie Vauclusien (SEV) se voit déjà en grand ordonnateur de la transition énergétique. “Interlocuteur de référence”, “acteur de premier plan”, le tout emballé dans un vernis impeccable. Sauf qu’entre la plaquette et le réel, la Chambre régionale des comptes est passée par là. Et l’électricité, soudain, crépite un peu différemment.
Car oui, l’argent est là. Et pas qu’un peu. Des recettes qui progressent, une trésorerie confortable, une capacité d’autofinancement qui grimpe. Bref, côté finances publiques, c’est Byzance. Problème : quand on ouvre le capot, on découvre un service public qui tourne… mais sans toujours respecter le mode d’emploi.
Le SEV, ce n’est pas une petite structure anodine. C’est l’organisateur du service public de l’électricité pour 140 communes, soit l’essentiel du territoire rural vauclusien. Il supervise les travaux sur les réseaux et accompagne les projets liés à l’énergie (éclairage public, bornes électriques, énergies renouvelables). Autrement dit : un outil financé en grande partie par les factures d’électricité des habitants. De l’argent public, donc. Et un levier stratégique.
À la tête du syndicat, Max Raspail, maire de Blauvac, Président de la communauté de communes Ventoux sud (CCVS) et conseiller départemental du Vaucluse. Président du SEV et ordonnateur unique, c’est lui qui engage les dépenses et pilote l’établissement. Un chef d’orchestre… sans chef d’orchestre, puisque la structure fonctionne sans directeur général depuis 2022.
Dans les faits, la machine est légère. Moins de dix agents, et une dépendance massive aux prestataires extérieurs. Y compris pour contrôler le concessionnaire chargé du réseau. Le contrôleur qui sous-traite le contrôle : la boucle est bouclée.
À l’intérieur, la gestion ressemble parfois à un bricolage bien huilé. Cumuls d’activités mal encadrés, temps de travail suivi à vue, congés approximatifs, véhicules attribués avec souplesse. Et des primes versées sans réelle lisibilité dans les comptes. Rien de spectaculaire pris isolément. Mais mis bout à bout, un système qui fonctionne sans véritable garde-fou.
La comptabilité, elle, joue à cache-cache. Pas d’inventaire fiable du patrimoine, des opérations qui traînent depuis plus de dix ans, et surtout près de 350 millions d’euros d’actifs liés aux réseaux électriques absents des comptes. À ce niveau, ce n’est plus une omission, c’est un angle mort. Bonus : 4 850 € versés à une entreprise déjà radiée, qui n’existait plus juridiquement au moment du paiement. Service fantôme, facture bien réelle.
Même musique du côté des marchés publics. Des prestataires qui reviennent, des règles de concurrence malmenées, et des situations à risque relevées. Rien d’illégal noir sur blanc, mais une mécanique qui manque sérieusement de disjoncteur.
Et puis il y a les investissements. Les bornes de recharge électrique, par exemple. Installées à grand renfort d’argent public, elles sont parfois utilisées moins d’une fois par mois. En moyenne, à peine quelques recharges. Le modèle tient grâce à une subvention d’équilibre de 388 000 €. La transition énergétique, version veilleuse. Le modèle tient grâce à une perfusion financière. La transition énergétique, version veilleuse.
Au final, le paradoxe est limpide. Un service public riche, structurant, indispensable… mais piloté avec une légèreté qui interroge. La démocratie locale est bien là, sur le papier. Les élus votent, valident, supervisent. Mais dans les faits, le contrôle semble tourner au ralenti.
La Chambre régionale des comptes, fidèle à son style, reste mesurée. Elle parle d’irrégularités, de faiblesses, d’améliorations nécessaires. Traduction : tout fonctionne, sauf l’essentiel, les règles.
Et quand un service public financé par les contribuables commence à s’habituer à fonctionner sans règles solides, la question n’est plus technique.
Elle devient politique.
Jamil Zéribi
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