Crédit photo : Radio France – France Inter
Ce mardi 14 avril, sur France Inter, première radio de France, le maire d’Avignon Olivier Galzi a fait face aux questions, souvent incisives, de Benjamin Duhamel. Une séquence d’environ dix minutes, exigeante, qui constituait sa première expression significative dans un média national. Une opportunité d’installer un récit, un positionnement, une image.
Sur l’ensemble de l’interview, une seule question portait sur le Festival d’Avignon. Une seule. Et c’est précisément celle-ci qui concentrait un enjeu stratégique : parler du principal moteur d’attractivité culturelle de la ville et incarner une nouvelle ambition politique.
À cette question, pourtant ouverte et orientée vers un élément positif du festival 2025, Olivier Galzi a choisi de mettre en avant un épisode de tension : la mobilisation des artistes et des responsables du festival pour dénoncer les massacres à Gaza. Un moment marqué notamment par une manifestation et la présence de drapeaux palestiniens, auxquels il s’est dit totalement opposé. On peut partager ou non ce point de vue, ce n’est pas l’objet de cet éditorial, mais c’est bien cet angle qu’il a retenu.
En communication, le choix de l’angle est déterminant. Et dans un environnement médiatique contraint, ce choix devient structurant. Car, sans surprise, à l’issue de cette interview, la presse nationale n’a retenu qu’un seul extrait de cette interview : celui-là. Le mécanisme est classique : dépêche AFP, reprise de l’information par l’ensemble des médias, sur dix minutes d’échange, une phrase suffit à orienter la reprise éditoriale. Ce qui est saillant, clivant ou polémique devient le titre. Le reste disparaît.
C’est ici que la séquence interroge.
Car un ancien journaliste, devenu élu, connaît ces logiques. Il sait que répondre à une question positive par un angle négatif, surtout dans un cadre national, revient à prendre le risque de voir ce négatif dominer toute la perception.
Le Festival d’Avignon 2025, pourtant, offrait une matière riche : fréquentation record, rayonnement international, impact économique et culturel majeur. Autant d’éléments qui auraient pu structurer un discours d’attractivité clair, lisible et fédérateur.
Ce qui rend cette séquence d’autant plus surprenante, c’est le profil même d’Olivier Galzi. Durant la campagne des municipales, son positionnement d’excellent communicant et son éloquence avaient suscité un véritable engouement, ainsi qu’un espoir réel quant à sa capacité à promouvoir efficacement l’image d’Avignon. Cette « sortie de route » apparaît donc en décalage avec les attentes qu’il avait lui-même contribué à créer.
Au-delà de l’effet médiatique immédiat, cette prise de position n’est pas sans conséquence sur le plan politique. En mettant en avant un sujet sensible et clivant qui résonne auprès d’une grande partie du monde artistique, le maire prend le risque de compliquer inutilement ses relations avec les acteurs culturels, bien au-delà d’Avignon.
Or, dans un écosystème où la coopération entre collectivités, institutions, partenaires économiques et artistes est déterminante, la qualité du lien est un levier stratégique.
Ce choix clivant d’Olivier Galzi apparaît d’autant moins judicieux qu’il intervient au moment où celui-ci sort d’une séquence politique au Grand Avignon centrée sur l’unité, la nécessité d’aller de l’avant et la volonté d’inscrire Avignon dans une dynamique ambitieuse. Le décalage entre ce discours d’unité et cette prise de parole plus clivante fragilise la cohérence globale du message.
Enfin, il ne faut pas perdre de vue l’essentiel : la priorité des priorités pour la ville, ses habitants et pour son maire, est d’attirer des investisseurs, des entreprises, des talents. Cela passe nécessairement par une image positive, ambitieuse et fédératrice du territoire, en particulier lors de prises de parole nationales.
Au fond, une occasion manquée pour Olivier Galzi de réussir sa première sortie médiatique d’envergure.
Mais cet épisode peut aussi être lu avec indulgence : comme un ajustement nécessaire dans l’apprentissage des codes exigeants de la politique au plus haut niveau, où chaque mot, chaque angle, chaque priorité compte davantage qu’ailleurs.
Jamil Zéribi

