Crédit photo : Ville de Nîmes TG
DOSSIER — Commerce à Avignon
Après Aix-en-Provence, deuxième étape de notre série consacrée à l’attractivité commerciale des centres-villes : Nîmes. Un cas particulièrement intéressant pour Avignon. Car la cité gardoise ne mise pas seulement sur les commerces : immobilier, grandes enseignes, rénovation des rues, piétonnisation, stationnement, propreté, tranquillité publique, patrimoine et événementiel participent d’une stratégie plus globale de reconquête du cœur de ville.
Nîmes n’est pas Aix-en-Provence. Et c’est précisément ce qui rend son exemple intéressant lorsqu’on l’observe depuis Avignon.
Là où Aix bénéficie d’un pouvoir d’achat élevé et d’une image de destination commerciale déjà solidement installée, Nîmes a dû affronter une vacance commerciale importante et engager une politique de reconquête de son centre-ville.
Selon les chiffres communiqués par la municipalité, le taux de vacance commerciale du centre est passé de 14,2 % en 2020 à 10 % en 2024. Cette même année, la Ville recensait 88 mouvements commerciaux : 67 installations, 14 reprises et 7 déménagements.
Ces données sont celles de la municipalité et ne permettent pas d’attribuer cette évolution aux seules politiques publiques.
Mais les moyens engagés par Nîmes méritent d’être regardés de près. Une foncière pour agir directement sur les commerces vacants. C’est probablement l’une des particularités les plus intéressantes du modèle nîmois.
Nîmes ne considère plus nécessairement qu’un local commercial vide relève uniquement de la relation entre un propriétaire et un futur locataire. La Ville dispose d’un droit de préemption commercial et a surtout créé en 2023 ODIL, l’Outil de Développement et d’Investissement Local.
Cette foncière peut intervenir sur des emplacements stratégiques, transformer des immeubles, regrouper plusieurs petites cellules afin de proposer des surfaces commerciales plus adaptées, requalifier des locaux, agir sur la vacance ou encore sur les conditions locatives.
Autrement dit : l’immobilier commercial devient lui-même un outil de politique publique. La Ville dispose par ailleurs d’une connaissance particulièrement fine de son parc : sa Direction du commerce tient une cartographie des locaux vacants actualisée quotidiennement.
Nîmes va chercher les enseignes
Autre particularité : la collectivité ne se contente pas d’attendre que les enseignes décident spontanément de s’installer.
Dans son rapport d’orientation budgétaire 2026, la Ville explique mener un travail de prospection d’enseignes nationales, en relation avec les développeurs d’enseignes et les professionnels de l’immobilier et en participant à des salons professionnels.
Elle cite parmi les implantations récentes Fragonard, Rituals, Mr.Bricolage et les Galeries Lafayette.
Cette politique complète l’accompagnement proposé aux porteurs de projets qui recherchent un local dans l’Écusson (centre historique), avec une mise en relation avec propriétaires, bailleurs ou agences.
Le centre-ville revendique aujourd’hui plus de 1 000 commerces, dont plus de 75 % d’enseignes indépendantes. L’objectif semble donc double : préserver un tissu indépendant important tout en faisant venir quelques enseignes nationales susceptibles de renforcer l’offre commerciale.
Les Galeries Lafayette comme locomotive
L’opération la plus spectaculaire reste évidemment l’arrivée des Galeries Lafayette, ouvertes le 2 octobre 2025 dans la Coupole des Halles. Environ 150 marques y sont représentées. La Ville utilise elle-même le terme de « locomotive » pour qualifier le rôle attendu de l’enseigne.
Il faudra cependant attendre pour mesurer objectivement son impact sur la fréquentation et l’activité des commerces environnants.
Mais l’intérêt de l’opération nîmoise est ailleurs : l’arrivée d’une grande enseigne a été accompagnée d’une transformation de son environnement urbain.
Près de 2 millions d’euros pour refaire les rues autour des Halles
C’est probablement l’un des éléments les plus intéressants de la stratégie nîmoise.
Autour de la Coupole, la Ville a engagé près de 2 millions d’euros de travaux, dont 1,9 million financé par la commune. Les rues Guizot, des Halles, Corconne et une partie de la rue Général-Perrier ont été concernées. Au total, 4 380 m² d’espace public ont été rénovés, dont 2 850 m² avec un revêtement en pierre calcaire.
La rue Guizot a été piétonnisée sur une partie de son parcours afin notamment de favoriser les terrasses. Elle a également été végétalisée avec de nouveaux arbres.
Cette transformation n’est donc pas déconnectée de la stratégie commerciale : elle accompagne directement la restructuration de la Coupole et l’arrivée des Galeries Lafayette.
Nîmes travaille simultanément sur ce qu’il y a dans les boutiques et sur la rue qui permet d’y accéder. C’est une nuance importante.
Le commerce pensé comme un parcours urbain
Cette politique traduit une conception plus large de l’attractivité.
Un centre-ville ne se résume pas à une addition de magasins. Il faut également pouvoir y arriver, stationner, marcher et circuler facilement entre ses différentes polarités. Nîmes possède déjà un centre largement piéton. Les travaux autour des Halles poursuivent cette logique en améliorant les connexions entre plusieurs axes commerçants.
La réglementation des déplacements dans l’Écusson participe également à cette organisation. En 2026, la Ville a notamment renforcé les restrictions concernant les trottinettes et autres engins électriques dans plusieurs secteurs très fréquentés afin de sécuriser les cheminements piétons.
L’objectif affiché est celui d’un meilleur partage de l’espace public.
Et pourtant, Nîmes ne tourne pas le dos à la voiture
C’est une différence intéressante avec Aix. Nîmes conserve une politique de stationnement qui cherche également à faciliter les achats en centre-ville.
Le stationnement sur voirie est payant du lundi au vendredi de 9 heures à midi puis de 14 heures à 19 heures, et le samedi uniquement de 9 heures à midi. Il n’est donc pas payant entre midi et 14 heures en semaine, ni le samedi après-midi.
Chaque véhicule bénéficie également de 30 minutes gratuites une fois par jour, après enregistrement à l’horodateur. Et rue des Halles, la Ville propose actuellement des emplacements permettant 45 minutes gratuites pour desservir les commerces de proximité.
Là encore, le stationnement constitue un outil parmi d’autres. Nîmes ne choisit pas entre commerce, voiture et piéton : elle cherche à organiser leur coexistence.
Propreté et tranquillité publique entrent également dans l’équation
L’attractivité commerciale dépend aussi de la perception que l’on a d’un centre-ville.
Nîmes intègre explicitement les questions de propreté et de tranquillité publique dans sa politique de l’espace public.
En 2026, la municipalité a notamment renforcé les sanctions contre les dépôts sauvages et les abandons de déchets. Elle a également pris différentes dispositions concernant les nuisances et certains usages de l’espace public.
Il faut être précis : ces mesures ne permettent évidemment pas d’affirmer que Nîmes serait plus sûre ou plus propre qu’une autre ville. Elles montrent en revanche que la municipalité considère ces sujets comme participant à la qualité du cadre de vie.
Et donc, indirectement, à son attractivité.
Un patrimoine exceptionnel au contact direct des commerces
Nîmes dispose enfin d’un avantage considérable : la concentration de son patrimoine au cœur même de la ville.
Arènes, Maison Carrée inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, Musée de la Romanité, Carré d’Art, Halles et rues commerçantes coexistent dans un périmètre relativement compact. Cela permet de réunir plusieurs motifs de fréquentation dans le même espace : patrimoine, culture, restauration, marché et shopping.
À cela s’ajoute l’événementiel : Férias, Jeudis de Nîmes, Journées romaines, marchés et animations commerciales multiplient les occasions de fréquenter le centre.
Cela ne signifie pas qu’une manifestation culturelle ou une animation génère automatiquement du chiffre d’affaires pour les boutiques. Mais elle contribue à produire ce dont tout centre commerçant a besoin : du flux.
La particularité de Nîmes ? Agir sur presque tous les leviers à la fois
C’est finalement ce qui distingue le plus nettement la politique nîmoise.
La Ville agit sur les locaux vacants, l’immobilier commercial, la prospection des enseignes, l’accompagnement des commerçants, le stationnement, la piétonnisation, la rénovation des rues, la propreté, la tranquillité publique, le patrimoine et l’événementiel.
Aucun de ces outils ne constitue à lui seul une recette miracle. Et il faudra observer dans la durée si la baisse de la vacance commerciale annoncée par la municipalité se confirme.
Mais Nîmes pose une idée intéressante : l’attractivité commerciale ne se traite plus seulement par une politique du commerce. Elle se traite par une politique globale du centre-ville.
Et c’est précisément ce qui rend l’expérience nîmoise intéressante pour Avignon. Car après le diagnostic du commerce avignonnais, les questions sont désormais nombreuses.
Que faire des cellules durablement vacantes ? Quelles enseignes veut-on attirer ? Faut-il prospecter directement les grandes marques ? Quels axes commerçants faut-il réhabiliter ? Comment articuler voiture et piéton ? Quelle politique de propreté et de tranquillité publique dans les rues commerciales ? Et comment mieux transformer l’immense fréquentation touristique d’Avignon en fréquentation commerciale toute l’année ?
Après Aix, Nîmes apporte ainsi une deuxième réponse. Aix a construit une destination commerciale. Nîmes tente une reconquête globale de son centre-ville.
Deux expériences différentes qui nous ramènent maintenant à la question centrale de notre dossier : quelle stratégie globale pour l’attractivité du centre-ville d’Avignon ?
Jamil Zéribi

