Crédit Photo : Claire Jacquin
Hier, Raphaël Arnault était à Carpentras aux côtés de Thomas Portes, député LFI de Seine-Saint-Denis. Au programme : manifestation contre l’extrême droite, RN, antifascisme et promotion du livre l’Abécédaire de l’extrême droite rédigé par le parlementaire parisien.
L’antifascisme n’est pas chez Raphaël Arnault une posture de circonstance. C’est l’ADN de son engagement politique, bien avant son arrivée en Vaucluse. Et depuis son élection, il continue logiquement d’occuper une place centrale dans son expression et son action politiques.
C’est précisément là que la question mérite d’être posée. Ce qui fait un engagement suffit-il à faire un mandat ?
Dans un département où quatre députés sur cinq sont RN, difficile évidemment de reprocher à Raphaël Arnault de s’intéresser à l’extrême droite. Mais à force d’en faire un sujet aussi récurrent, il prend le risque d’être davantage identifié par ce qu’il dénonce que par ce qu’il porte pour sa circonscription.
Or un député n’est pas seulement élu pour désigner un adversaire politique. Il est aussi là pour faire remonter les difficultés de son territoire, mettre certains dossiers sur la table, interpeller l’État et utiliser le poids de son mandat pour obtenir des réponses.
Et en première circonscription de Vaucluse, la matière ne manque franchement pas.
En Vaucluse, les combats ne manquent pas
À Avignon, près d’un logement occupé sur trois est un logement social (32 %). La Rocade et plusieurs quartiers sont engagés dans une transformation urbaine majeure. Derrière les pelleteuses, il y a des familles à reloger, du mal-logement et des habitants en situation de précarité, de l’insécurité, du narcotrafic.
Il y a aussi les associations fragilisées par les baisses de financements, les structures d’insertion, les jeunes en difficulté, les services publics, l’emploi, la pauvreté, le développement économique. Bref, tout ce qui devrait normalement mettre en appétit un député de gauche.
Raphaël Arnault fait du terrain, il est présent dans le mouvement social. Il a notamment organisé des « barbecues populaires » dans les quartiers. C’est sympathique. Cela crée du lien et de la convivialité. Mais d’un député, on peut quand même attendre un peu plus qu’une distribution de merguez.
Un député peut interpeller le préfet, saisir un ministre, questionner le Gouvernement, suivre les relogements, défendre une association menacée, soutenir un service public en danger ou mettre autour d’une table les acteurs d’un dossier qui n’avance pas.
Ce ne sont pas les sujets qui manquent…
Mettre la matière grise de LFI au service du Vaucluse
Parallèlement à ces actions, Raphaël Arnault pourrait aussi aller plus loin.
Il appartient à une formation politique nationale qui dispose d’un groupe parlementaire, de collaborateurs et d’un environnement militant et intellectuel important. Pourquoi ne pas mettre une partie de cette puissance de travail au service du Vaucluse ?
Produire, par exemple, un véritable livre blanc sur la pauvreté et le logement dans le département avec des propositions concrètes à la clé. Faire travailler autour d’une même table sociologues, économistes, acteurs associatifs, travailleurs sociaux et spécialistes des politiques publiques.
Des chiffres. Des cartes. Des témoignages. Une analyse. Des propositions. Bref, produire autre chose qu’un communiqué contre le RN : produire une réflexion pertinente et singulière en faveur du Vaucluse.
Pour Raphaël Arnault, arrivé de l’extérieur du département, ce serait même une manière intelligente de transformer ce qui fut initialement une faiblesse, son parachutage, en force : prendre le temps de comprendre profondément le territoire qui l’a élu et mettre des compétences nationales à son service.
Un livre blanc sur le logement. Des états généraux de la pauvreté. Une étude sur l’emploi des jeunes avec notamment un bilan économiques des zones franches urbaines – territoires entrepreneurs (ZFU-TE) supprimées au 1er janvier 2026 et du nouveau dispositif quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV). Peu importe finalement le format.
Mais un travail sérieux, documenté et public qui permette ensuite de produire une analyse et des propositions, d’interpeller le préfet, les ministres et les collectivités avec autre chose que des slogans.
Là, on commencerait à densifier sérieusement un bilan.
2024, une configuration très particulière
Car Raphaël Arnault ferait bien de ne pas considérer 2024 comme une formule électorale éternellement reproductible. Son élection s’est déroulée dans une configuration très particulière. Il devait affronter Philippe Pascal, candidat de gauche bien implanté et soutenu par Cécile Helle et sa majorité municipale.
Mais à droite, LR ne pesait que 3,24 % au premier tour. Et surtout, côté RN, il n’avait pas Joris Hébrard en face de lui. Il affrontait la discrète Catherine Jaouen. Députée sortante, certes, mais devenue députée parce qu’elle était la suppléante de Joris Hébrard lorsque celui-ci avait choisi de quitter l’Assemblée pour redevenir maire du Pontet. La différence d’implantation était réelle.
Hébrard était maire du Pontet depuis 2014, avait été conseiller départemental et avait personnellement conquis cette circonscription en 2022. Catherine Jaouen, elle, s’était lancée beaucoup plus récemment en politique et n’avait jamais remporté elle-même la circonscription.
Raphaël Arnault a donc bénéficié en 2024 d’un contexte favorable. Au premier tour, Arnault recueille 24,76 %, derrière Jaouen à 34,62 %. Au second, dans le duel face au RN, il grimpe à 54,98 %.
Une vraie victoire. Mais dans un contexte très particulier.
La prochaine fois, il faudra un bilan
Avec Olivier Galzi, ou éventuellement un candidat issu de son mouvement « Le Bon Sens des Territoires », l’offre à droite pourrait être autrement plus consistante qu’en 2024. Le RN, de son côté, conservera vraisemblablement une place centrale dans la circonscription. Dans cette configuration, rien ne garantit à Raphaël Arnault de retrouver le confortable face-à-face de 2024, où le rejet du RN avait permis de rassembler très largement au-delà de son électorat du premier tour.
Alors continuer à combattre l’extrême droite ? Évidemment.
Dans le Vaucluse, le sujet est parfaitement légitime.
Mais en faire l’alpha et l’oméga de son mandat serait une erreur. Parce qu’à la prochaine législative, les électeurs pourraient lui poser une question beaucoup plus terre à terre : « Très bien. Mais pendant votre mandat, qu’avez-vous fait pour nous ? »
Et cette fois, il faudra autre chose qu’un barbecue et une manifestation contre le RN.
Il faudra un bilan.
Jamil Zéribi

