Crédit photo : Vincent Capman
La possible candidature d’Anaïs Haussmann, compagne d’Olivier Galzi et adjointe au maire d’Avignon, aux prochaines élections sénatoriales suscite de nombreuses réactions dans le Vaucluse. Si elle venait à être confirmée, elle constituerait bien davantage qu’une simple candidature supplémentaire.
Elle pourrait devenir le premier véritable test politique du mandat d’Olivier Galzi. Car derrière cette décision se cachent plusieurs questions qui dépassent largement le cadre d’une élection sénatoriale.
Des questions de cohérence, des questions de méthode. Et surtout des questions de gouvernance.
Une contradiction avec le récit du mérite
Durant toute sa campagne municipale, Olivier Galzi a bâti une partie de son succès sur une promesse simple : faire de la politique autrement.
Il dénonçait les arrangements d’appareil, les logiques de clan, les calculs politiciens, les promotions décidées dans les arrière-salles. Il défendait une vision fondée sur le mérite, les compétences et l’intérêt général.
C’est précisément pour cette raison qu’une éventuelle candidature de sa compagne suscite autant d’interrogations.
Le sujet n’est pas personnel. Personne ne conteste à Anaïs Haussmann le droit d’avoir des ambitions politiques.
La question est ailleurs.
Comment expliquer qu’une élue arrivée il y a quelques semaines dans la vie politique vauclusienne puisse apparaître comme une candidate naturelle au Sénat alors que de nombreux maires, présidents d’intercommunalité, adjoints ou conseillers départementaux disposent d’une expérience territoriale considérable ?
C’est cette contradiction apparente qui alimente aujourd’hui le débat.
Une démonstration de force au sein de la droite vauclusienne
Mais l’enjeu ne s’arrête pas là.
Lorsque Olivier Galzi s’est lancé dans la bataille municipale, il a bénéficié du soutien ou de la bienveillance de plusieurs figures importantes de la droite locale.
Durant la campagne, le sénateur Jean-Baptiste Blanc lui a apporté une forme de caution politique en étant au premier rang lors de son dernier meeting. En l’accueillant dans les locaux du Département au début de la campagne, Dominique Santoni a contribué à son intégration dans le paysage institutionnel du département.
Ces soutiens ont participé à renforcer sa crédibilité. Dès lors, beaucoup d’élus pourraient trouver surprenant de voir Olivier Galzi soutenir une autre liste que celle conduite par Jean-Baptiste Blanc, sur laquelle Dominique Santoni est appelée à jouer un rôle majeur.
Aujourd’hui, avec cette candidature, certains élus ont le sentiment qu’une nouvelle étape est franchie pour Olivier Galzi. Maire d’Avignon. Président du Grand Avignon. Figure centrale de la droite locale. Et désormais acteur direct des équilibres sénatoriaux.
Pour beaucoup, le choix d’Anaïs Haussmann serait interprétée comme une démonstration de force visant à étendre encore davantage l’influence du maire d’Avignon sur la droite vauclusienne.
Les méthodes d’hier et celles d’aujourd’hui
Une autre question mérite d’être posée. Une élection sénatoriale ne se gagne pas seule. Elle suppose un travail minutieux auprès des grands électeurs.
Des discussions, des négociations, des soutiens, des arbitrages. Bref, tout ce que la politique locale produit de plus classique. C’est précisément ce type de pratiques qu’Olivier Galzi critiquait régulièrement lorsqu’il était candidat.
Or, pour faire élire une candidate peu implantée dans les réseaux historiques d’élus, il faudrait nécessairement convaincre, négocier et construire des alliances. Autrement dit, utiliser les mêmes mécanismes politiques que ceux qu’il dénonçait hier.
Ce paradoxe pourrait devenir l’un des principaux sujets de cette séquence et ainsi, affaiblir l’autorité et la cohérence politique du maire d’Avignon.
Un risque pour la capacité à fédérer
Le sujet le plus important est peut-être là. Avignon et le Grand Avignon ont besoin d’une capacité collective à travailler ensemble.
LEO, Courtine-Confluence, développement économique, mobilités, attractivité, habitat, transition écologique… Tous ces dossiers nécessitent des coopérations permanentes entre communes, intercommunalités, Département, Région et acteurs économiques.
Or la politique repose aussi sur la confiance.
Si une partie des élus locaux considère qu’Olivier Galzi cherche davantage à étendre son influence qu’à construire des équilibres, le climat politique pourrait progressivement se tendre.
Et ce sont alors les grands projets du territoire qui risqueraient d’en faire les frais.
Le véritable enjeu
Au fond, cette éventuelle candidature ne pose pas seulement la question de l’avenir politique d’Anaïs Haussmann. Elle interroge la conception du pouvoir portée par Olivier Galzi.
Veut-il simplement exercer les responsabilités que les électeurs lui ont confiées ? Ou cherche-t-il déjà à devenir la figure dominante de la droite vauclusienne ?
C’est probablement cette question qui explique les réactions observées aujourd’hui. Car les électeurs comme les élus peuvent accepter l’ambition. Ils acceptent généralement beaucoup moins le sentiment que tout doit converger vers une seule personne ou un seul cercle de pouvoir.
Si la candidature d’Anaïs Haussmann devait être officialisée, c’est finalement sur ce terrain que se jouerait le véritable débat politique.
Jamil Zéribi

