Figure incontournable du paysage culturel avignonnais, Laurent Rochut est l’un des principaux exploitants de salles de spectacle de la ville. Ancien membre de l’équipe de gouvernance du Festival Off d’Avignon, il est aujourd’hui adjoint au maire délégué à l’éducation et au spectacle vivant, un poste qui lui confère une influence importante sur la politique culturelle municipale. Il est également conseiller communautaire au Grand Avignon.
Ces derniers jours, il s’est retrouvé au cœur de l’actualité après la publication d’un article du Monde s’interrogeant sur son double statut d’entrepreneur du spectacle et d’élu en charge de la culture. L’intéressé y a répondu avec vigueur sur sa page Facebook, dénonçant un portrait qu’il juge caricatural. Il a toutefois choisi de désactiver les commentaires de sa publication, privant ainsi ses contradicteurs de toute possibilité de répondre publiquement.
Dans le même temps, Laurent Rochut a été la cible d’attaques anonymes particulièrement scandaleuses. Des tracts non signés ont été agrafés sur les affiches de plusieurs compagnies programmées à La Factory, salle qu’il dirige. Quels qu’en soient les auteurs, ces méthodes sont indignes du débat démocratique et méritent d’être condamnées avec la plus grande fermeté.
Au-delà de ces attaques, c’est la réaction de l’adjoint à la Culture qui soulève aujourd’hui une question politique.
Dans une publication Facebook, Laurent Rochut ne se contente pas de dénoncer les auteurs présumés de ces actes. Il renvoie explicitement La France insoumise et le Rassemblement national dos à dos, les présentant comme appartenant au « camp de la haine », de « la division » et de « l’affrontement identitaire ». Il affirme également qu’il continuera à leur « barrer la route ».
Une prise de position particulièrement forte.
Une ligne politique qui interroge
Car Laurent Rochut n’est pas un élu d’opposition. Il est adjoint au maire d’Avignon, membre de l’exécutif conduit par Olivier Galzi.
Or, dans le même temps, Olivier Galzi est également président du Grand Avignon, où sa majorité repose notamment sur un accord politique ayant conduit à l’attribution de deux vice-présidences à des élus du Rassemblement national avec des délégations importantes.
Autrement dit :
- d’un côté, Laurent Rochut présente publiquement le RN comme appartenant au même camp que LFI, celui de la haine et de la violence politique ;
- de l’autre, lui-même et son propre maire, président d’agglomération gouvernent quotidiennement avec des élus RN exerçant des responsabilités exécutives.
Cette coexistence soulève une question simple : quelle est réellement la ligne politique de la majorité municipale ?
Deux visions incompatibles du Rassemblement national ?
Deux hypothèses existent.
La première est que Laurent Rochut exprime une position strictement personnelle, différente de celle de son maire. La seconde est que cette déclaration révèle une divergence politique plus profonde au sein même de l’exécutif municipal.
Dans les deux cas, la contradiction apparaît difficile à ignorer.
Peut-on qualifier publiquement le Rassemblement national de force appartenant au « camp de la haine » tout en siégeant dans une majorité dont le principal responsable travaille institutionnellement avec ce même parti ?
Un débat qui mérite d’être ouvert
Au-delà des polémiques, cette séquence révèle surtout une divergence de fond sur la perception du Rassemblement national entre deux figures importantes de la majorité avignonnaise. Une divergence qui, compte tenu des responsabilités exercées par chacun, ne peut être réduite à une simple nuance de vocabulaire.
La question mérite désormais une réponse claire. Une majorité peut-elle durablement tenir un discours de rejet absolu du Rassemblement national par la voix de l’un de ses principaux adjoints, tout en gouvernant avec des élus RN au sein de son exécutif intercommunal ? Au-delà de la polémique, c’est la cohérence politique de la majorité conduite par Olivier Galzi qui est aujourd’hui posée.
Cette clarification serait utile, non seulement pour comprendre la ligne politique de l’exécutif avignonnais, mais aussi pour lever une contradiction qui, à ce stade, ne peut qu’interroger.
Jamil Zéribi

