Crédit Photo : ARNOLD JEROCKI/POUR « LE MONDE
Pour la première fois depuis la présentation de l’audit financier commandé par la nouvelle majorité, l’ancienne maire d’Avignon, Cécile Helle, répond publiquement aux attaques d’Olivier Galzi dans une interview accordée au journal La Provence. Face aux accusations de « mensonges », de « maquillage des comptes » ou encore de « faillite virtuelle », l’ex-maire défend son bilan, conteste plusieurs interprétations du rapport et livre sa lecture des principaux reproches formulés contre son équipe.
Voici les principaux points de confrontation.
1. Des factures engagées mais non inscrites au budget
Le grief de Galzi
L’audit du cabinet Michel Klopfer relève un défaut d’annualité budgétaire : des dépenses correspondant à des prestations réalisées ou à des travaux engagés n’auraient pas été rattachées au bon exercice comptable. Olivier Galzi y voit la preuve d’un « maquillage » des comptes et affirme que plusieurs projets ont été lancés sans financement.
La réponse de Cécile Helle
L’ancienne maire rejette cette lecture.
Elle rappelle que les investissements d’une collectivité se déploient sur plusieurs exercices budgétaires et que les paiements interviennent au rythme de l’avancement des chantiers.
Elle cite plusieurs exemples :
- les travaux de l’école Melly et Paul-Puaux, inaugurée en 2024, dont certaines factures ont naturellement été réglées en 2025 ;
- la troisième tranche de la rue Thiers ;
- la phase 2 du Rocher des Doms ;
- les cours d’école végétalisées.
Selon elle, il est normal qu’un plan de financement s’étale sur plusieurs années.
« Ces projets sont financés sur plusieurs exercices budgétaires (…). On a toujours fait comme ça. »
Concernant le Rocher des Doms, elle ajoute que la deuxième phase n’était pas totalement financée puisque le chantier devait principalement se dérouler en 2027.
Autrement dit, elle distingue la programmation pluriannuelle des investissements d’une absence de financement.
2. Une explosion des dépenses en 2025, année préélectorale
Le grief de Galzi
La nouvelle majorité reproche à l’équipe sortante d’avoir fortement augmenté les dépenses de fonctionnement en 2025, aggravant ainsi la situation financière de la ville à quelques mois des élections.
La réponse de Cécile Helle
L’ancienne maire assume plusieurs dépenses exceptionnelles mais affirme qu’elles étaient parfaitement identifiées et temporaires.
Elle évoque notamment :
- 2,2 M€ de dépenses supplémentaires liées à Terre de Culture 2025, destinées à soutenir un secteur culturel fragilisé ;
- 1,4 M€ versés au budget aquatique pour financer la piscine Jean-Clément.
Selon elle, ces dépenses ne sont pas pérennes et ne se reproduisent pas en 2026.
Elle rappelle également que malgré ces dépenses exceptionnelles :
- l’épargne brute dépasse 21 M€ selon le compte administratif 2025 ;
- elle remonterait même à près de 25 M€ hors ces dépenses exceptionnelles ;
- le budget reste excédentaire d’environ 18 M€ ;
- la dette continue de diminuer avec 2,4 M€ de désendettement, un niveau qu’elle présente comme inédit depuis douze ans.
Pour Cécile Helle, ces chiffres sont incompatibles avec l’image d’une ville « en faillite ».
3. Une trajectoire financière jugée très dégradée
Le grief de Galzi
L’audit estime que la trajectoire financière est préoccupante et que, sans mesures correctrices, la capacité financière de la ville risque de se dégrader fortement dans les prochaines années. Olivier Galzi parle d’un « champ de ruine » ou de « faillite virtuelle ».
La réponse de Cécile Helle
Sur ce point, l’ancienne maire apporte une nuance importante.
Elle reconnaît que les cabinets d’audit ont précisément pour mission d’alerter les collectivités sur les risques futurs.
Selon elle, ces scénarios prospectifs étaient régulièrement présentés durant son mandat.
« Un cabinet d’audit fait de la prospective financière (…) Ils sont là pour dire : attention, si des mesures correctrices ne sont pas prises, il y a une tendance qui peut aller vers une dégradation financière. »
Elle explique que ces alertes servent justement à orienter les décisions politiques.
Autrement dit, elle ne conteste pas l’existence de tensions financières futures mais refuse que ces projections soient présentées comme la preuve d’une faillite déjà constatée.
4. Des projets inaugurés sans financement
Le grief de Galzi
Le maire affirme que plusieurs équipements auraient été inaugurés alors que leur financement n’était pas assuré.
La réponse de Cécile Helle
La réponse est catégorique.
« On n’inaugure pas des choses qui ne sont pas financées, ce n’est pas possible. »
Elle rappelle que les investissements publics s’étalent sur plusieurs années et bénéficient souvent de cofinancements.
Elle ajoute que l’arrêt de certains projets pourrait désormais entraîner la perte de subventions.
5. La méthode de l’audit
Le grief implicite
Olivier Galzi s’appuie largement sur l’audit Klopfer pour justifier son diagnostic extrêmement sévère sur les finances de la ville.
La réponse de Cécile Helle
L’ancienne maire ne remet pas frontalement en cause le cabinet d’audit mais rappelle ce qu’est, selon elle, sa mission.
Elle insiste sur le fait qu’un audit financier produit avant tout des scénarios prospectifs et identifie des risques, sans constituer un jugement définitif sur une gestion passée.
Elle rappelle également que les arbitrages budgétaires relèvent ensuite de décisions politiques assumées collectivement avec son équipe municipale.
Une critique politique du discours de Galzi
Au-delà des aspects techniques, Cécile Helle estime que le nouveau maire construit un récit destiné à préparer une politique d’austérité.
Elle considère que la dénonciation permanente de l’héritage municipal vise à justifier les choix budgétaires à venir et les remises en cause de plusieurs politiques publiques (culture, action sociale, végétalisation, plan Faubourgs, soutien associatif…).
Elle rappelle enfin que le budget 2026 est désormais de la responsabilité de la nouvelle majorité et que le premier budget entièrement élaboré par Olivier Galzi sera celui de 2027.
Deux lectures d’un même diagnostic
L’entretien met en évidence deux interprétations différentes d’un même constat.
- Olivier Galzi retient principalement les anomalies comptables relevées par l’audit, l’accélération des dépenses en 2025 et la dégradation de la trajectoire financière pour dénoncer une gestion qu’elle qualifie d’irresponsable.
- Cécile Helle répond que ces critiques confondent programmation pluriannuelle et absence de financement, rappelle le caractère exceptionnel de plusieurs dépenses de 2025 et souligne que les indicateurs de fin d’exercice (épargne brute, excédent budgétaire et désendettement) ne correspondent pas, selon elle, à l’image d’une collectivité au bord de la faillite.
Nota Bene : A l’heure où nous rédigeons cet article, hormis la vidéo de 30 minutes du cabinet d’audit, diffusée sur Youtube, ni l’opposition municipale, ni la presse n’a eu en main le document complet de cet audit.
Jamil Zéribi

